Op. cit., p
2. Jules Favre a nié avoir assisté à des « conciliabules nocturnes » dirigés contre la majorité modérée, mais a insisté sur ses efforts pour entraver les projets de « deux ou trois membres du gouvernement » (Commission d' enquête, t. I, p. 280.)
la garde nationale ; la Préfecture de Police dépend de lui, plus encore moralement que politiquement, car Caussidière ne se compromettra pas sans lui; son influence s’exerce sur une partie des clubs, notamment sur celui de la Révolution, dont Barbés est le président, et sur le club des clubs, dont il subventionne les délégués; enfin, sa popularité est telle que, le jour d’une crise, son attitude entraînera celle d’une grande partie de la population républicaine de Paris.
Mais le Luxembourg et le ministère de l’Intérieur ne sont pas les seuls centres d’hostilité de la majorité modérée de l’Hôtel-de- Ville; presque chaque club en forme un. Cabet et Raspail, par exemple, ne cessent, chacun de son côté, de dénoncer le gouvernement et de réclamer son épuration ; enfin, il y a Blanqui, dont les sentiments sont certainement les mêmes, mais qu’un abîme sépare de la plupart des révolutionnaires parisiens, de Barbés en particulier, depuis la publication du « document Taschereau1 ». Ces diverses conspirations latentes s'entre-croisent et s’enchevêtrent; les principaux clubistes trempent à la fois dans l’une et dans l’autre; des efforts seront faits, par Sobrier notamment, pour les réunir en un vaste mouvement organisé; mais il y a trop de rivalités en présence, trop de confusion aussi dans les esprits, trop d’hésitations et de temps perdu : ce n’est guère que le 14 que les différents adversaires de la majorité gouvernementale commencent à essayer de s entendie, et Louis Blanc a fixé au 16 le jour où ils devront agir. Ce manque de cohésion est la principale chance que gardent les modérés du Gouvernement provisoire de parvenir aux élections de l’Assemblée Constituante.
i. Le 3i mars, dans la Revue rétrospective que dirigeait Taschereau, parut une pièce trouvée dans les archives, intitulée Déclarations faites par.... devant le ministre de l'Intérieur, et datée d’octobre x83g : c’était une' histoire des sociétés secrètes, révélée par un de leurs membres les plus importants, qui, en raison des détails qu’elle contenait et de la façon dont ils étaient présentés, semblait ne pouvoir être que Blanqui. Barbés, son compagnon de 1839, l’accusa formellement et rompit tous rapports avec lui, entraînant avec lui la plupart des clubistes ; Blanqui nia avec non moins d’énergie, et se déclara victime d’une odieuse machination.
Eux aussi, de leur côté, se préparent à la lutte décisive; et, s’il y a parmi eux également assez peu d’union (surtout depuis que Lamartine penche du côté de Ledru-Rollin), ils font preuve cependant, chacun pour sa part, d’activité et d’esprit de suite.
Le 17 mars avait coupé court aux tentatives de rentrée des troupes dans Paris. Le Gouvernement provisoire n’en avait pas cependant abandonné l’idée, et recherchait un prétexte pour y parvenir sans déchaîner les protestations des clubs : le 7 avril, il avait décidé le principe d’une grande fête nationale pour la distribution des drapeaux à l’armée et à la garde nationale, et avait décidé d’y appeler des députations de toutes armes, à concurrence de 6 000 à 8 000 hommes ; on ferait « fraterniser » l’armée, la garde nationale et le peuple, et, si l’expérience réussissait, on en profiterait pour faire rentrer quelques troupes dans Paris. La fête, primitivement fixée au 16, fut ensuite ajournée au 20, mais Arago n en profita pas moins pour rapprocher quelques régiments, et même pour faire passer la barrière à quelques unités, peu nombreuses d’ailleurs1. Mais ce n’étaient là que des jalons pour 1 avenir, et l’on ne pouvait compter sur aucune fraction de l'armée régulière pour couvrir l’Hôtel de Ville. Le ministre de la Guerre avait en tout cas fait venir des fabriques du I\ord des armes dont il pourrait armer ses défenseurs immédiats 2.
Marrast continuait à s occuper avec ardeur de la garde
. Les renseignements fournis à la Commission d'enquête (t. II p 5o) indiquent de façon précise qu’un bataillon du 18° de ligne était entré dans Paris ayant le 16 avril. D’autre part, Alexandre Dumas, dans Le Mois, publication écrite au jour le jour, raconte, à la date du i5, les incidents qui marquèrent le passage, dans le faubourg Saint-Antoine, du 6i* de ligne (alors que, selon les renseignements officiels cités plus haut, ce régiment serait arrivé seulement le 26; peut-être y a-t-il erreur sur le n» du corps) “ est certain en tous cas, qu’Arago avait rapproché de Paris, avec l’intention de les y faire entrer, le 6i% le iS- et le a4* léger, ainsi que le n« léger, dont un bataillon arriva à Vincennes le 1 4 avril.