Déposition d’Arago devant la Haute-Cour de Bourges
nationale; sur sa demande, Marie y faisait inscrire en masse, dans les premiers jours d’avril, les ouvriers des Ateliers nationaux, sur lesquels Émile Thomas croyait pouvoir compter1. Les élections des officiers avaient marqué pour le maire de Paris un premier succès, qu’il s’occupait de confirmer et de consolider; investi, par ses fonctions, du devoir de reconnaître ces officiers, il fit servir cette formalité à des fins politiques. Il convoqua successivement les légions dans les mairies de chaque arrondissement « jour par jour, sans bruit, sans étalage.... Après chaque reconnaissance, M. Marrast rassemblait autour de lui les principaux officiers, les encourageait tantôt collectivement, tantôt individuellement, à servir fidèlement la cause de la République, à se montrer les défenseurs énergiques du gouvernement. Sans rien laisser paraître de ses inquiétudes sur les projets de collègues impatients, il parlait de dangers prochains qui appelleraient leur concours, et par d’habiles discours les amenait au degré d’enthousiasme qu’il voulait provoquer. Quelques-uns recevaient des confidences plus intimes, assez précises pour entretenir le zèle et maintenir la vigilance, assez vagues pour n’étre pas une accusation directe2 ».
Par ailleurs, la garde mobile restait assez douteuse : le 5 avril, son club, qui siégeait à l’École militaire, s’était déclaré, à l’unanimité, partisan de l’insurrection, « le plus saint et le plus sacré des devoirs », si l’Assemblée nationale « venait à marcher dans des errements stationnaires, et n'extirpait pas d’une manière radicale tous les abus; en un mot, si elle n’était pas républicaine dans la plus large acception du mot3 ». Il y avait loin, heureusement, des paroles aux actes, et l’influence du général Duvivier grandissait chaque jour sur ses jeunes soldats; lui-même, d’autre part, était en assez mauvais termes avec Ledru-Rollin, à qui il imputait les retards survenus dans l’équipement de sa
i. Elias Régnault, op. cit. p. 357. Il porte le nombre de ces inscriptions à près de ko 000.