Elias Régnault, op. cit. p
3. Compte rendu du club de la garde nationale mobile, cité dans les documents de la Commission d'enquête (t. II, p. 8a).
LA CRISE SOCIALE DE i848
troupe, et se trouvait donc disposé à prêter son concours à Marrast 1.
La majorité modérée cherchait toujours, en outre, à organiser une force de police indépendante des Montagnards, et capable de leur tenir tête. On avait pensé d’abord à reconstituer la garde municipale, sous un autre nom; maisCaussidière avait accaparé l’idée, recruté les hommes, créé la garde républicaine , et mis à sa tête son beau-frère Mercier2. On songea alors à un corps municipal de gardiens de la paix, qui dépendrait de la mairie; mais on ne pouvait guère le soustraire complètement non plus au contrôle du préfet de police, et l’enrôlement donna lieu à un conflit caractéristique entre Marrast et Caussidière, ce dernier soutenu par Ledru-Rollin ; le gouvernement dut même nommer une commission pour départager leurs attributions respectives, commission qui d’ailleurs laissa les choses en l’état3. Dans ces conditions, on ne pouvait guère compter, pour défendre l’Hôtel de Ville en attendant la venue problématique de la garde nationale, que sur sa petite garnison, constituée sous le commandement de Rey, et augmentée jusqu’à concurrence de 600 hommes; encore n’était-il pas certain que les anciens combattants de Février qui la composaient marcheraient contre les corporations et les clubs.
Le salut de la majorité du Gouvernement provisoire ne pouvait donc venir que de la division et des hésitations de ses adversaires. Elle-même, par contre, se disloquait aussi : Lamartine, qui avait joué un tel rôle à sa tête, se séparait d’elle, et, jugeant perdus les hommes du National, esquissait un rapprochement avec Ledru-Rollin. Rien n’autorise d ailleurs à penser qu’en abandonnant les personnes, il deseitait les idées : il croyait seulement les servir mieux en n essayant pas de lutter inutilement contre une poussée populaire irrésistible; il jugeait inutile de se solidariser jusque dans leur chute avec des collègues de plus en plus impopulaires, et, à leur politique de résistance matérielle,