Garnier-Pagès, op. cit., t. VII, p. 221, 22Z
qu’il croyait vouée à la défaite, il prétendait substituer sa politique de séduction personnelle. C’est ainsi qu’il s’efforçait d’entrer en relations de plus en plus intimes avec Caussidière, avec Sobrier, avec Barbés, avec Cabet, avec Raspail, avec Blanqui lui-même1. Ces tentatives ne changèrent certainement pas les dispositions des hommes qu’il s’efforçait de convertir; mais il obtint en tous cas ce résultat, de n’être pas confondu avec les gens du National et de conserver de sérieuses chances de leur survivre au pouvoir; il recevait également, grâce à ces relations, des renseignements qui pouvaient devenir utiles; de plus, ses négociations contribuaient encore à emmêler davantage la trame des conspirations de toute espèce qui s’enchevêtraient de façon presque inextricable.
Enfin, ne se berçant point d’illusions trop complètes, il s’était ménagé une ressource suprême en entrant en relations avec le général de Négrier, commandant de l’armée du Nord. Il paraît certain, de l’aveu même de Lamartine2, que, par l’intermédiaire d’un ami dévoué, un plan de campagne fut élaboré entre eux : si les circonstances l’exigeaient, Négrier marcherait sur Paris, en ralliant à la fois l’armée du Rhin et les gardes nationaux de tout le nord de la France. L’éventualité de cette intervention militaire restait peut-être la garantie la plus sérieuse contre les conséquences d’une victoire l’évolutionnaire à Paris, mais elle supposait une terrible guerre civile, dont la Commune de 1871 nous a donné depuis un sanglant exemple.
Le 14 avril, Louis Blanc, fidèle à la tactique qu’il avait suivie déjà au 17 mars, annonça au Gouvernement provisoire, réuni en séance, que, le sui’lendemain, « les ouvriers se préparaient à venir présenter une pétition » qui ne laisse-
1. Cf. Pierre Quentin-Bauchart, Lamartine homme politique, p. 24a, 26g.