‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 19 sur 158 · LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE SOUS LA MONARCHIE DE JUILLET · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE SOUS LA MONARCHIE DE JUILLET

l’eSSOR INDUSTRIEL II LA CONSTITUTION DE LA BOURGEOISIE DIRIGEANTE || LES GRANDES ENTREPRISES ET LE REGIME DE LA CONCURRENCE || LE SORT DES CLASSES PAYSANNES || LA SITUATION DES OUVRIERS ET LES MEFAITS DE LA GRANDE INDUSTRIE || LES SALAIRES ET LA DUREE DU TRAVAIL || LE CHOMAGE, LES CRISES ET LE PAUPERISME.

La Restauration n’avait connu que les débuts du grand développement économique que préparaient, en l1 rance, les progrès scientifiques appliqués à l’industrie, sous le coup de fouet d’une concurrence restée illimitée; les économistes qui y avaient alors applaudi ou qui en avaient dénoncé les conséquences sociales, s’étaient surtout inspirés de l’exemple de l’Angleterre, lorsqu’ils avaient prédit la cassure de la société nouvelle en deux classes, sans cesse plus différentes. Ce fut la Monarchie de Juillet qui présida au grand essor des entreprises de tout genre et à la véritable constitution d’une bourgeoisie possédante et dirigeante, au-dessus d’un prolétariat, dont l’existence semblait devenir de plus en plus précaire, à mesure qu’il embrassait une portion de plus en plus grande de la population laborieuse.

Un double mouvement se produisait, tendant à ce même résultat : d’une part, avec l’extension rapidement croissante

de l’emploi des machines, surtout après 1833 h la formation de grosses fortunes industrielles, en regard du déclassement correspondant des travailleurs des champs et des anciens ouvriers des métiers, attirés ou rejetés vers l’usine; de l’autre, l’importance sans cesse plus grande des affaires, la concentration de gros capitaux, facilitée par l’emploi nouveau et étendu de la commandite par actions, puis de la société anonyme, suscitait la spéculation, accroissait la richesse et l’importance de la haute finance, et, par contre, repoussait parmi les employés ou môme les ouvriers manuels nombre de petits patrons incapables de soutenir la concurrence.

C’est ainsi, par exemple, qu’aussitôt après 1830, l'industrie des vêtements confectionnés, en raison des énormes proportions que prirent vite les entreprises, non moins que de l’emploi de procédés mécaniques, fit disparaître, dans une large mesure, les petits entrepreneurs en chambre, tombés en masse au rang des salariési. 2. Ce mouvement de concentration, dans les branches de la production où les circonstances le favorisèrent, tendit même à la constitution de ce qu’on appela plus tard des trusts, avec leurs monopoles de fait : ainsi, 63 concessions de mines de la Loire fusionnaient, en 1837, en trois grandes compagnies qui, en 1813, se confondaient elles-mêmes dans 1 unique Société Générale des Mines réunies 3 4; ainsi encore, dans l'industrie des transports, les Messageries royales et les Messageries générales s’unissaient pour ruiner les Messageries françaises par une guerre de tarifs et assurer leur monopole h

Dans ces conditions, le patron cessa d’être 1 ouvrier économe, laborieux et adroit, monté peu à peu en grade : il fut désormais un entrepreneur disposant de capitaux, auquel le rentier confiait ses économies : une cloison étanche semblait donc s’épaissir entre les ouvriers réduits à leur salaire, de

i. En i83o, 2 45o avec 33 3o8 chevaux; en 1 848, 5 212 avec 64780 chevaux.

^2. Cf. des exemples dans Paul Leroy-Beaulieu, La Question ouvrière au XIX" siècle, p. 26 et soi v.

Page 1