‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 20 sur 158 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

4. Les chemins de fer les firent bientôt elles-mêmes disparaître. Cf. Dezamy, Organisation de la liberté et du bien-être universels.

LA MONARCHIE DE JUILLET

plus en plus menacés par la concurrence de tant de bras aptes au simple travail mécanique, et, d’autre part, la classe des capitalistes, chefs d’entreprise, financiers ou bourgeois actionnaires.

Ainsi se créa, sortie spontanément du régime de la concurrence, une nouvelle et véritable aristocratie, fondée sur l’industrie et la finance comme l’autre l’avait été sur la terre, et maîtresse, après 1830, de l’hégémonie économique comme de la direction politique du pays. Tout de suite, d’ailleurs, certains écrivains avaient saisi l’analogie, et, dans un sentiment d’effroi souvent, de haine parfois, avaient dénoncé la féodalité moderne i.

Le rapprochement n’était point téméraire : dans deux domaines différents, une anarchie, créée par la destruction d’une société préexistante, avait donné naissance à une classe supérieure, composée des plus forts, des conquérants, des détenteurs de la propriété, représentée autrefois surtout par la terre, aujourd’hui, en outre, par les capitaux mobiliers. Aux deux époques, cette aristocratie avait fondé sa puissance sur la possession des biens indispensables à l’humanité, et avait ainsi dominé une population beaucoup plus nombreuse, dénuée de ces biens et obligée, pour les obtenir, de demander ses conditions : le seigneur avait attaché le sert à sa terre, le patron envoyait l’ouvrier à son usine2.

Et de même qu’on avait vu de grands féodaux s’élever au-

,. Cf. A. Toussenel, Les Juifs rois de l'époque. Histoire de la féodalité financière, i846; E. Buret, op. cil.-, A. de Tocqueville, De la démocratie en Amérique , i835-i84o, t. III, 2' partie, chap. xx. ...

2. Tocqueville note cependant (De la démocratie en Amérique , t. ni, p. 3a6 et suiv.) que cette aristocratie industrielle, qu’il croit exceptionnelle, ne possède point la stabilité de l’ancienne, puisque la perte de la richesse en fait sortir : elle 11e forme point un corps.

Il juge d’ailleurs que les travailleurs manuels n’ont point gagne a son avènement : il faut remarquer qu’elle ne vise plus à les gouverner, mais à s’en servir, et que, par suite, elle ne crée plus de solidarité entre employeur et salarié : « l’ouvrier dépend en général des maîtres, mais pas de tel maître » ; ce qui fait qu’aucun de ceux-ci ne se croit de devoirs envers lui et que « l’aristocratie manufacturière de nos jours, apres avoir appauvri et abruti les hommes dont elle se sert, les livre en temps < e crise à la charité publique pour les nourrir ». « Je pense qu a tout prendre, conclut Tocqueville, l’aristocratie manufacturière que nous voyons s elever sous nos yeux est une des plus dures qui aient paru sur la terre; mais elle est, en même temps, une des plus restreintes et des moins dangereuses. »

LA CRISE SOCIALE DE i848

dessus de la noblesse territoriale, ainsi de grands industriels, de grands financiers dépassaient et dominaient la bourgeoisie capitaliste contemporaine. Les premières manufactures, les fournitures militaires, sous le premier Empire, avaient marqué le début de ces grosses fortunes 1 ; les mines, le fer, le sucre, sous la Restauration, puis sous Louis-Philippe, avaient élevé cette bourgeoisie opulente à côté des grands propriétaires terriens; enfin les spéculations financières, commencées lors des emprunts qui suivirent 1815, continuées avec ceux qui suivirent, puis dominant toutes les grosses affaires industrielles, se déchaînant sur les canaux, sur les chemins de fer surtout, assirent le règne d’une haute finance, en partie israélite, dont dépendit la vie économique du pays 2.

La Monarchie de Juillet fut, en réalité, dirigée par cette « aristocratie financière », par « les banquiers, les rois de la Bourse et des chemins de fer, les possesseurs de mines de charbon et de fer, les propriétaires de forêts; car une partie de la féodalité foncière s’était ralliée aux premiers3 ».

Mais ceux-ci ne constituaient que la tête d'une véritable classe sociale, dont ils ménageaient les intérêts, à laquelle ils laissaient l’apparence du pouvoir politique par un régime parlementaire censitaire, et qui comprenait, à côté d’eux, aussi bien la bourgeoisie industrielle proprement dite que la bourgeoisie commerçante, depuis les chefs des grosses maisons jusqu'aux détaillants assez à l’aise pour pouvoir revêtir et porter l’uniforme de garde national.

Ainsi se trouvait constituée cette classe moyenne, ou cette bourgeoisie, comme ou l'appela, qui, de 1830 à 1848, accapara la vie économique aussi bien que politique du pays, classe très bien déterminée, et formant un ensemble très suffisamment homogène, que contribuaient encore à cimenter les institutions de la Monarchie de Juillet. Les conditions de fortune, exigées par la loi pour la possession des droits

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