P. Quentin-Bauchart, Lamartine homme politique , p
PRÉFACE
non plus par l'achat des biens nationaux, mais par cinq ans de magnifiques efforts, offre, maintenant comme alors, le plus solide contrepoids aux bouleversements sociaux; que la hausse inconsidérée des salaires n'a point entraîné le mieux-être espéré par les classes ouvrières et que les problèmes du chômage et de la réglementation des heures de travail n'ont rien perdu de leur actualité ?
Qui ne sent que, dans l’Assemblée municipale, où il tenait déjà une place si honorable, dans le Parlement, où nous l'aurions porté, un homme comme Pierre Quentin-Bauchart, doué d'une volonté droite et d'un cœur généreux, affermi par la discipline intransigeante de l'histoire, et élargi par les leçons poignantes de la guerre, aurait été au premier rang des grands serviteurs du pays?
Science exacte , par la documentation rigoureuse et — si j'ose ainsi dire — mathématique quelle exige ; science naturelle, par les lois qui la régissent, la science sociale nécessite une culture sans lacunes et une intelligence extrêmement souple. Rares sont ceux qui la possèdent, et Pierre Quentin- Bauchart était de ceux-là.
S'il avait subi — à n'en pas douter — l'irrésistible séduction du chantre d'Elvire, dont on ne cesse d'aclmirer la gloire que pour s'émouvoir de ses malheurs immérités, il avait un esprit à la fois trop subtil et trop sérieux pour que l’ombre d'une personnalité — si géniale fût-elle — - lui masquât les traits généraux d'une époque.
Je dirai plus : dans les élans, sincèrement fraternels de l'historien des Girondins, comme dans les aspirations bruyantes et confuses des ateliers nationaux ; dans les déceptions rageuses des sociétés secrètes et dans le sectarisme intransigeant des doctrinaires, il avait recherché les données essentielles du grand problème social.
Il l’étudiait sans doute à une heure de crise, au lendemain de cette époque, où « la gloire avait fait violence à la Liberté », mais son intelligence , mûrissant et s'élevant chaque jour davantage, substituait peu à peu à la curiosité désintéressée de l'historien le réalisme réfléchi de l'administrateur, aux prises avec les mêmes difficultés.
( vin )
PRÉFACE
Dès le premier chapitre du livre que nous présentons au lecteur, on sent sa sympathie à la fois pour le but humanr taire et démocratique des Saint- Simoniens et pour ce mouvement syndicaliste, qui, réagissant contre la loi de mars 1791 et contre les doctrines d'Adam Smith et de J.-B. Say, allait, après un essai prophétique de contrat collectif, avorter dans le sang des Lyonnais.
On admire l'esprit de justice avec lequel, tout en rendant hommage aux qualités solides, qu elle avait héritées de l'ancien tiers, Quentin-Bauchart reproche à la classe moyenne de la Monarchie de Juillet sa préoccupation exclusive de sa propre fortune. Tare originelle, dit-il, de cette société, fondée sur l'argent, qui fait déchoir le pouvoir du rôle d'arbitre à celui de gérant, et qui se donne l'apparence, au regard des déshérités, de nôtre plus « qu'une compagnie par actions, fondée pour l'exploitation de la richesse nationale de la France 1 ».
Sa générosité n’approuve ni l'égoïsme résigné de Thiers, proclamant qu'il y aura toujours des pauvres, ni le conseil trop vite donné de Guizot : « Enrichissez-vous ».
La longueur excessive des journées de travail ( quinze heures et demie en moyenne, dont treize heures et demie de travail effectif); la réelle insuffisance des salaires dans certaines professions ( notamment dans le tissage et la bonneterie); l'angoissant aléa des crises de chômage ; l'emploi, non réglementé, des enfants dans l'industrie, retiennent son esprit en troublant son cœur.
Sous les précisions d'une documentation rigoureuse on sent tressaillir son émotion.
Il n'omet point de signaler les efforts tentés par certains industriels pour améliorer le sort de leurs ouvriers : tels Kœchlin à Mulhouse, Viellard à Morvillars, Camu à Beims, Leclaire à Paris; et je suis bien certain que, malgré ses lacunes, il eût voté la loi du 22 mars 1841, protégeant le travail des enfants, « premier acte de cette législation industrielle, destinée à un développement si considérable ». Il voit