‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 23 sur 158 · Cf. Louis Blanc, L'Organisation du travail , p · texte numérisé non relu

Cf. Louis Blanc, L'Organisation du travail , p

2. Bastiat {Première lettre à la « Voix du Peuple », 12 novembre i84q; cf. ans les Me langes de P. -J. Proudhon, t. III, p. 187) constate « l’inconce-

'a eindinérence des classes aisées » à l’égard des problèmes économiques, o. Loi du 10 avril i834 sur les associations.

LA MONARCHIE DE JUILLET

et contre les grèves; et, quant à 1 intervention de l’État, elle la trouve simplement inopportune et contraire à ses intérêts. Qu’on lui prouve, au contraire, en 18-40, qu il est utile et équitable de protéger, par une loi, des enfants qui souffrent et s’étiolent dans les manufactures, elle ne s’arrêtera pas un instant aux principes abstraits, et elle la votera; mais elle ne se sent tenue à aucun devoir général envers la masse ouvrière, et elle considère les questions de travail, de maind’œuvre, de chômage, de salaires comme totalement étrangères à la sphère législative. Au cours d une discussion qui portait sur le régime des sucres, un député invoquait comme argument l’intérêt des ouvriers ; on 1 interrompt :

— «Vous ne vouiez pas qu’on vous parle des ouvriers, s’écriet-il. Eh bien! Chargez-vous de leur donner de 1 ouvrage.

— Nous sommes ici chargés, proteste aussitôt le président Sauzet, de faire des lois et non pas de donner de 1 ouviage aux ouvriers. »

Il avait raison, car il interprétait exactement le rôle que la bourgeoisie orléaniste assignait à la Chambre en cette matière : elle ne pouvait concevoir qu’un rapport existât entre ce terme de loi et cet autre d ouvrage donné aux ouvriers. Elle ne pouvait non plus comprendre que la giande masse laborieuse pût les unir dans ses espoirs, et voulut, au jour possible de sa puissance, user de 1 un pour s’assurer l’autre aux conditions les plus favorables. Là résidait pointant le secret de la crise prochaine.

On se ferait cependant de cette crise une idée complètement erronée, qui la rendrait incompréhensible, en se la représentant comme un assaut de toute la France ouvrière, en proie à la misère, contre la petite féodalité bourgeoise et industrielle que M. Levasseur évalue à 124 000 âmes seulement1.

, ov oit t II, p. 289 ; Pierre Leroux (De la ploutocratie ou du m«rnemenï'des riches, ePd. de’.S^S, p. .2), en prenant pour base le nombre et

LA CRISE SOCIALE DE i848

Les conditions nouvelles de la production industrielle avaient bien provoqué une perturbation profonde dans la condition de certains ouvriers ; elles avaient bien, en quelques années, augmenté dans d’extraordinaires proportions le nombre de ceux qu’employait la grande industrie, l’accroissant, par exemple, de 135 p. 100 entre 1827 et 1834, dans les tissages du Haut-Rhin 1 ; il n’en est pas moins vrai que 1 importance numérique de ces derniers ne dépassait guère, en 1845, un million d’individus, dont deux tiers d’hommes, sur 35 millions et demi de Français 2.

Pour estimer à sa juste valeur, dans l’existence nationale, le malaise trop réel qui travaillait cette population dont les membres cependant étaient bien loin d’être tous misérables et tous révolutionnaires, il ne faut point perdre de vue son rapport avec l’ensemble du pays, il faut songer que la petite industrie employait encore quatre fois autant de monde3, il faut se rappeler surtout l’existence de 14 millions et demi d’agriculteurs, et l’élément de stabilité qu’une telle masse représente, même inorganique, quand elle se trouve satisfaite et attachée à l’ordre social.

C’était alors le cas. Quarante ans auparavant, la classe rurale avait été la grande bénéficiaire de la Révolution, si dure à la noblesse, dépouillée de plus de 1 milliard et demi de biens confisqués aux émigrés4, auxquels il faut ajouter, d’après le calcul de Taine5, une valeur de 2 milliards et demi de redevances abolies à titre de droits féodaux c, si dure aussi pour tant de petits bourgeois, rentiers ruinés par la banqueroute du tiers consolidé, titulaires d’offices supprimés, pro-

l’importance des cotes foncières (ce qui laisse de côté une grosse part de la fortune nationale), estimait à a5oooo le nombre des Français possédant g ooo livres de rente. “ 1

Villermé. Tableau de l'État physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie, 1840, t. 1, p. 18. ^ J

i. Exactement i o57gi5,dontG72 446 ouvriers, 2 54 871 femmes et i3i 098 enfants. Le nombre, en x 85 1 , atteindra 1 207 127 ouvriers. (Cf. la Statistique de la France, publiée parle ministre de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, i855, ae série, t. II; et Levasseur, op. cit., t. II, p. 288.)

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