‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 24 sur 158 · is3 millions de revenu · texte numérisé non relu

is3 millions de revenu

LA MONARCHIE DE JUILLET

priétaires aux fermages impayés ou soldés en assignats dépréciés ’. Le paysan, au contraire, avait vu s’accumuler les profits : d’abord avaient disparu la taille et la milice, charges si lourdes et si oppressives dans l’application, qu’elles avaient toujours empêché la constitution d’une bourgeoisie rurale1 2 3 ; l’impôt direct, perçu désormais de façon supportable, ôtait, avec cela, considérablement diminué : « au lieu de payer 18 ou 20 livres, le journalier, l’artisan sans propriété ne paye plus que 6 ou 7 francs; au lieu de payer 53 livres, le petit propriétaire cultivateur ne paye plus que 21 francs 3 » ; l’impôt indirect perdait le caractère obligatoire et particulièrement vexatoire du sel de devoir , par exemple ; en outre, etce n’était pas le moindre soulagement, le paysan se voyait délivré de toute redevance à d’autres qu’à l’État; les droits féodaux, la dîme, étaient supprimés, et le seul fait de la disparition de cette dernière représentait, pour les propriétaires terriens, une augmentation d’un septième dans la valeur de leur terre4. Enfin, le cultivateur, ainsi soulagé du poids des anciennes taxes, avait encore connu un âge d’or, où le fermage se soldait en assignats, tandis que les produits se vendaient contre espèces sonnantes, où souvent même on se débarrassait de toute redevance à l’égard du propriétaire, sous prétexte de ne plus acquitter de droits féodaux5.

1. Levasseur constate que le nombre de ceux qui vivaient du seul produit de leurs biens-fonds diminua alors de moitié ( op . cit., t. I, p. 278).

2. Cf. la peinture qu’en fait Tocqueville dans L'Ancien Régime, p. 19 et suiv., et chap. xii.

Page 1