‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 25 sur 158 · Cf. Taine, op. cit., t. 111, p · texte numérisé non relu

Cf. Taine, op. cit., t. 111, p

5. Sous le nom de droits féodaux se confondaient en effet deux ordres de droits tout à faits différents : les droits souverains, d’une part, dont la disparition, pour être pécuniairement sensible à la noblesse, ne la dépouillait cependant d’aucune propriété véritable; et, d’autre part, les redevances que le noble percevait à titre de propriétaire foncier, du paysan considère cette fois comme fermier et non plus comme sujet. L Assemblée Constituante, dans sa loi de septembre 178g, avait bien marqué la distinction et rTavait aboli que les premiers; mais les paysans ne voulurent plus payer aucune redevance, quelle qu’en fût l’origine. Ils y parvinrent grâce à l’état troublé de la société, et l’Assemblée Législative, puis la Convention, vinrent faciliter, puis justifier même leurs prétentions. (Décrets des 18 juin et 25 août 1792, du 17 juillet 1793.) C’est ce capital, dont la classe noble fut ainsi dépouillée, moins ostensiblement, mais aussi véritablement que par les lois sur l'émigration, que Taine estime a deux milliards et demi de la monnaie du temps. (Cf. op. cit., t. III, p. 2 3g.)

La Révolution, qui l'avait libéré de presque toutes ses charges, lui avait encore offert des terres à bon compte, ou même pour rien. Elle n’avait fait ainsi qu’accélérer un mouvement depuis longtemps existant : malgré la misère, malgré les famines, malgré son écrasement sous tant de charges, pendant tout le xviii® siècle, le paysan avait acquis de la terre; la noblesse, appauvrie, la lui avait cédée pièce à pièce, et à bon compte ; elle se réservait seulement les droits féodaux sur son ancien domaine ainsi aliéné : il s’en était suivi un grand morcellement du sol, qui avait frappé et même inquiété les contemporains, comme Turgot et Necker1. Les grands transferts de biens de la Révolution, s’ils créèrent, parmi les 1200 000 acheteurs de biens nationaux, un certain nombre de nouveaux propriétaires, contribuèrent donc surtout à arrondir dans une large mesure les paysans déjà possesseurs du sol.

Les uns comme lesautres purent, en effet, puiser presque à leui convenance dans 3 milliards de biens nationaux, dépréciés par l’énormité même de l’offre, présentés avec des facilités exceptionnelles pour les acquéreurs2, payables en assignats, c’est-à-dire souvent par une ou deux années de revenu3. En outre, le partage des communaux, que Taine a qualifié de loi agraire*, leur octroyait même des terres sans bourse délier5.

On conçoit que dans ces conditions, quand, en plus, le blé se maintient cher, le petit cultivateur travaille fructueusement, qu’il ait « du cœur à l’ouvrage », comme dit Taine.

i. Tocqueville, en reconstituant certains villages de l’ancien régime avait trouvé un nombre de propriétaires fonciers égal à la moitié ou aux deux tiers de celui qui existait à son époque, pour une population moins nombreuse du quart. [L’Ancien Régime et la Révolution, p. 35 et suiv ) — lame, d après Young, estime qu’un tiers du sol, en 1789, appartenait aux paysans . c est la meme proportion que cent ans plus tard (op. cit. t. Il p. 200), époque où Taine écrivit son livre.

2 La Convention les vendit par petits lots. Un décret du i3 septembre n03 autorisa les pores de famille non propriétaires, et ne pavant pas d’impôt à acheter dans la commune 5oo livres de biens d’émigrés payables en vingt ans sans intérêts. 1 J °

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