‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 27 sur 158 · Op. cit., t. II, p · texte numérisé non relu

Op. cit., t. II, p

LA MONARCHIE DE JUILLET

dans ses ateliers1. Sans doute serait-il injuste de généraliser : Villermé a parlé « des soins touchants, paternels, de certains fabricants », et nous verrons plus loin de grands efforts de leur part; mais les nécessités impérieuses de la concurrence sont là pour réfréner les désirs les plus sincères d améliorer la condition des travailleurs, de diminuer, par exemple, le temps du travail, ou d’élever les salaires; d ailleurs, s il peut y avoir, de maître à ouvrier, bienveillance ou charité, il ne dépend pas des premiers que la notion de solidarité ne disparaisse chaque jour davantage.

Dans cette masse ouvrière, sans cesse plus abandonnée à elle-même, en même temps que sans cesse plus agglomérée, les observateurs, Villeneuve-Bargemont, Villermé, Buret. Blanqui, Théodore Fix, constatent tous, avec tristesse, les progrès de l’immoralité, de l’ivrognerie, du libertinage des femmes, que favorise la dissolution de la vie de famille, conséquence de la grande usine. L’esprit religieux, « bien rare et purement passif2 », n’exerce qu’une très faible influence moralisatrice. Ce qui la remplace, c’est l’ambition, le désir de monter, de gagner davantage, coûte que coûte, et, aussi, corollaire nécessaire, la jalousie des classes riches, et parfois la haine de ceux qui jouissent de biens dont on se sent privé. « Les ouvriers sont aussi libres de devoirs envers leurs maîtres que ceux-ci le sont envers eux : ils les considèrent comme des hommes d’une classe différente, opposée et même ennemie », à la cupidité desquels ils attribuent les maux dont ils peuvent souffrir.

Cette situation de toute une population, en quelque sorte « isolée dans la nation, seule avec ses besoins et ses misères 3 », ne va-t-elle pas créer cependant un véritable péril social, si son dénuement s’aggrave en même temps que croît son importance numérique? Et nous avons vu que les économistes orthodoxes, comme leurs adversaires, appuyés les uns et les autres sur les déductions de Malthus et de

1. Cf. Villermé, op. cit., t. II, p. 57, 5g. — Cf. aussi, t. I, p. 23g et suiv.

2. Blanqui, op. cit., p. 210. Les ouvriers, selon lui, « fréquentent peu les églises après leur première communion. Ils respectent les prêtres, mais les écoutent peu. »

Page 1