Cf. Du Cellier, op. cit., p. 4 o
LA CRISE SOCIALE DE i848
1 franc; un enfant de treize à seize ans, 0 fr. 75; et un enfant de huit à douze ans, 0 fr. 45 h II ne s’agit ici, évidemment, que de moyennes très artificielles, puisqu’à Lille, par exemple, dans certaines industries spéciales, une femme exercée se faisait payer jusqu’à 2 francs, et un homme habile jusqu’à 6 francs, tandis que, dans la même ville, la moyenne générale du salaire masculin ne dépassait pas au contraire 1 fr. 50; de même, dans le Haut-Rhin, le salaire moyen, qui variait, dans les filatures de coton, entre 1 fr. 11 et 1 fr. 57, était évalué à 0 fr. 94 dans les tissages et atteignait 1 fr. 69 pour l’industrie des indiennes, avec un maximum de 5 francs pour certains hommes, et, par contre, un minimum de 0 fr. 25 pour les enfants1 2. A Saint-Quentin, avant 1848, la moyenne générale des salaires tombait à 1 franc, ou 1 fr. 10 3.
Ces chiffres, d’ailleurs, ne répondent qu’imparfaitement à la véritable question, qui est celle-ci : l’ouvrier pouvait-il vivre, et pouvait-il épargner sur son salaire? Une réponse générale est ici plus difficile encore. L’affirmative est certaine pour plusieurs régions : à Tarare, par exemple, en 1836, une famille d’ouvriers ne dépense que les trois quarts de son salaire pour sa nourriture et son vêtement; pour un homme seul, cette proportion se réduit à la moitié4; à Sedan, une famille moyenne « peut vivre très facilement et même faire quelques petites épargnes5 ». Une preuve palpable en est, pour la France entière, l’accroissement des sommes apportées aux Caisses d’épargne, qui ont décuplé entre 1835 et 1848; les ouvriers forment plus du tiers des déposants ; en 1844, sur un versement total de 6 241 504 francs,
1. Op. cil., t. II, p. ii. Ce sont les chiffres auxquels se rallie M. Levasseur, op. cit ., t. II, p. 208. Les dépositions des manufacturiers, dans l’enquête de i83/i, donnent i francs à 2 fr. 25 pour les hommes, 1 franc pour les femmes, o fr. 5o à o fr. 75 pour les enfants; le baron de Gérando (De la Bienfaisance, t. I, p. 4 2) 1 fr. 5o à 3 francs pour les premiers, et, pour les autres, o fr. 5o à o fr. go, et o fr. 25 à o fr. 60; l’Enquête industrielle de i84o à i845, 2 fr. 09, 1 fr. o3, o fr. 73; l’Enquête de 1 848, 1 fr 78, o fr. 77, o fr. 5o (pour cette dernière, cf. les extraits donnés par M. Levasseur, op. cit., t. II, p. 3oo à 334).