Op. cit., t. I, p. i5g
LA CRISE SOCIALE DE i84S
besoins, y compris même, chaque semaine, quelque chose pour ses plaisirs, avec un peu moins de quarante sous par jour; et hors les époques de crise industrielle, il n’y a guère de misère, dans cette ville et les environs, que celle qui résulte de l’inconduite, excepté, depuis un certain nombre d’années, pour les tisserands ».
L’homme seul se tire donc généralement d’affaire; mais la tâche lui devient plus difficile s’il fonde une famille; sans doute, la femme gagne sa part, dans le nouveau régime manulacturier, aux dépens, il est vrai, de son ménage; sans doute, l’enfant même, très jeune, trop jeune, est employé également; mais tant qu’il est en bas âge, il reste une charge, et une charge lourde : sur 163 500 indigents, à Lille, en 1828, Villeneuve-Bargemont en comptait 50 000 1 pour cause de surabondance d’enfants.
— « En général, dit de son côté Villermé2, un homme seul gagne assez pour faire des épargnes ; mais c’est à peine si la femme est suffisamment rétribuée pour subsister, et si 1 enfant, au-dessous de douze ans, gagne sa nourriture. Quant aux ouvriers en ménage, dont l’unique ressource est également dans le prix de leur main-d’œuvre, beaucoup d entre eux sont dans l’impossibilité de faire des économies, même en recevant de bonnes journées. »
Cette situation s aggrave pour ceux dont les salaires sont particulièrement bas, comme dans les tissages du Haut-Rhin. En ce cas, en effet, « les enfants coûtent au moins autant qu ils peuvent gagner, et il n’y a d’économie possible pour les adultes, dont le travail est moins rétribué, qu’autant qu’ils se portent bien et n ont ni cillants en bas âge, ni aucune charge à supporter. Et encore, ces économies se réduisent-elles à presque rien. Pour les faire, il faut nécessairement que le malheureux ouvrier ne cède jamais au désir de boire un verre de vin ou d’ajouter quelque chose à ses misérables repas »3.
Il se passait en outre, à ces débuts de la société industrielle