Cf. la théorie du salaire d'abondance
(ÔO)
LA MONARCHIE DE JUILLET
qui, par contre-coup, déterminaient celles des autres, des ouvriers dont le tissage était la seule ressource et qui devenaient très misérables1.
A un autre point de vue encore, les campagnes accablaient les villes : les moindres besoins, la moindre cherté des vivres, du logement surtout, permettaient aux paysans de vivre avec des salaires qui, pour les citadins, représentaient la famine, et les pauvres gens aussi, qui travaillaient à domicile, disséminés, sans rapports les uns avec les autres, qu’exploitaient souvent indignement les intermédiaires, commis ou facteurs2, contribuaient à la misère des populations urbaines. A Lille, les villages de Commines et de Warwick écrasaient de leurs bas prix les fdtiers de la ville; à Lyon, les ouvriers établis dans la campagne exigeaient de leur travail un prix moindre d’un cinquième et contribuaient ainsi à rendre plus âpre la lutte des tarifs prête à recommencer 3.
Ainsi naissait, dans les grandes villes, sous l’effet de ces différentes causes, ce paupérisme dont la vue faisait pousser aux uns des cris de pitié, aux autres des cris de révolte, et que, d’ailleurs, s’efforçait d’atténuer une charité active4. L’agglomération, conséquence de la grande industrie, en accroissant la concurrence entre ouvriers, en élevant le prix des objets de première nécessité, des loyers surtout, y aggravait la misère et en rendait les conséquences plus hideuses encore. Les détails donnés par Eugène Buret, sur l’existence des indigents dans les grandes villes 5, les descriptions des logements de Nantes par le Dr Guépin6, de ceux de Rouen par Adolphe Blanqui7, des affreuses caves de Lille, dans le quartier des Étaques, par Blanqui et Villermé8, en bien des endroits dépassent l’imagination.
1. Cf. Villermé, ojk cit., t. I, p. 129, 162, 186, 216, 284, 33g; voir aussi Louis Blanc, Organisation du travail , p. 36.
2. Cf. Paul Leroy-Beaulieu, La question ouvrière au XIX ‘ siècle, p. 24 et suiv.