‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 53 sur 158 · Buret, op. cit., t. I, p · texte numérisé non relu

Buret, op. cit., t. I, p

LE SOCIALISME DE i8/,o

se résigner ; ce qu’il ne peut comprendre, ce qui déchaîne sa colère, rendue plus âpre par la faim et par le dénuement des siens, c'est qu’on lui refuse de lui faire gagner sa vie ; il ne demande pas à être nourri sans rien faire; il demande à travailler pour pouvoir vivre : n’est-ce donc pas un droit que de vivre, un droit que de travailler?

. — « Vivre en travaillant ou mourir en combattant », inscrivaient, à Lyon, les insurgés de 1831 sur leurs drapeaux. Nous verrons bientôt les masses populaires, jetées au chômage par la révolution de Février, réclamer le droit au travail , leur vœu suprême, comme prix de leur victoire politique, et ce douloureux problème, rendu plus angoissant encore par les circonstances, recevoir, cette fois encore, une solution sanglante et provisoire.

Il n’en reste pas moins, permanent et redoutable, à la base même du régime économique, et ce régime, proclament tous les socialistes, en arrive rapidement à un point où il ne pourra plus durer. « La fécondité du pauvre, dit Louis Blanc *, jette dans la société des malheureux qui ont besoin de travailler et ne trouvent pas de travail.... Arrivée là, une société n’a plus qu’à choisir entre tuer les pauvres ou les nourrir gratuitement : atrocité ou folie. » Pour sortir de ce dilemme, il n’existe qu’un moyen : changer la société elle-même.

Les doctrines nouvelles visentdonc bien au delà d’un changement de régime politique. La nature de celui-ci reste d ailleurs assez indifférente aux réformateurs. Saint-Simon avait déjà dit que la politique n’est que la forme, et que la constitution de la société est le fond; on retrouve cette idée chez la plupart des socialistes : « On a attribué trop de valeur aux réformes gouvernementales, déclare Considérant, qui se proclame monarchique 2. Gardons-nous bien de recommencer

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