‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 61 sur 158 · Op, cit., p. 4 o · texte numérisé non relu

Op, cit., p. 4 o

LE SOCIALISME DE i84o

excès1; c’était d’ailleurs la conception saint-simonienne, comme celle aussi, quelque cinquante ans auparavant, des physiocrates ou des partisans du despotisme éclairé2. Aujourd’hui les socialistes, à plus forte raison, partant de la conception d'une société divisée en deux classes, veulent se servir d’un État fort pour défendre le prolétariat contre l’oppression capitaliste3.

Cette idée trouvait d’ailleurs dans la masse populaire un terrain merveilleusement préparé, comme l’a montré Tocqueville : « Depuis longtemps, a remarqué celui-ci4, le peuple agrandissait et élevait continuellement sa condition;... son importance, ses lumières, ses désirs, son pouvoir s’augmentaient sans cesse.... Comment les classes pauvres, inférieures et pourtant puissantes, n’auraient-elles pas songé à sortir de leur pauvreté et de leur infériorité en se servant de leur pouvoir, dans un temps surtout où la vue de l’autre monde est devenue plus obscure, et où les misères de celui-ci sont plus visibles et paraissent plus intolérables. Aussi y travaillaient-elles depuis soixante ans. Le peuple avait d’abord voulu s’aider en changeant toutes les institutions politiques, mais, après chaque changement, il avait trouvé que son sort ne s’était point amélioré, ou ne s’améliorait qu’avec une lenteur insupportable à la précipitation de ses désirs. Il était inévitable qu’il finirait, un jour ou l’autre, par découvrir que ce qui le resserrait dans sa position, ce n’était pas la constitution du gouvernement, c’étaient les lois immuables qui constituent la société elle-même; et il était naturel qu’il serait amené à se demander s’il n’avait pas le pouvoir et le droit de changer aussi celles-là, comme il avait changé les autres.

» Et, ajoute Tocqueville, tirant une conséquence nécessaire de cette conception que le socialisme répandait de plus en plus, pour parler spécialement de la propriété, qui est

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