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La Satire sociale

LA CRISE SOCIALE DE i848

taienl des œuvres d'une réelle valeur littéraire : les Fables de Pierre Lachambeaudie, le La Fontaine socialiste, par exemple, les Idées prolétariennes de J. -A. Alexandre, ou surtout le (pliant des ouvriers et le Pain de Pierre Dupont b Puis venaient tous les écrits proprement socialistes que nous avons déjà cités, dans lesquels l’ouvrier voyait sa condition dépeinte comme un enfer destiné à s'aggraver chaque jour, ou bien des pamphlets extrêmement violents dont Les Juifs rois de l'époque , de Toussenel, restent le type le plus expressif2.

Enfin, une série d’ouvrages relatifs à la Révolution et qui en exaltaient les hommes, les actes, les idées les plus audacieuses, 1 Histoire populaire de la Révolution française, de C.abet; 1 Histoire parlementaire de la Révolution française, de

i. Voici, à titre d exemple, quelques passages du Chant des ouvriers paru en 1846 :

Nous, dont la lampe, le matiD,

Au clairon du coq se rallume ;

Nous tous, qu’un salaire incertain Ramène avant l'aube à l’enclume ;

Nous qui, des bras, des pieds, des mains,

De tout le corps luttons sans cesse,

Sans abriter nos lendemains Contre le froid de la vieillesse,

Aimons-nous, et, quand nous pouvons Nous unir pour boire à la ronde,

Que le canon se taise ou gronde,

Buvons

A l’indépendance du monde !

Nou6 ne sommes que des machines.

Nos Babels montent jusqu’au ciel,

La terre nous doit ses merveilles :

Dès qu’elles ont fini le miel,

Le maître chasse les abeilles...

Mal vêtus, logés dans des trous Sous les combles, dans les décombres,

Nous vivons avec les hibous Et les larrons amis des ombres*

Cependant notre sang vermeil Coule impétueux dans nos veines.

Nous nous plairions au grand soleil Et sous le6 rameaux verts des chênes !

Aimons-nous, etc...

a. « Privilège de naître à l’hospice et de mourir à l’hôpital; privilège de travailler tant qu’il a des forces pour enrichir l’oisif; privilège d’alimenter exclusivement la prostitution, l’armée, le bagne; privilège des boissons frelatées, de la viande putréfiée et du pain à faux poids; privilège de fournir à tous les agitateurs les cadavres qui servent de marchepied à leur ambition.... Voilà les conquêtes du peuple! 1! » (A. Toussenel, Les Juifs rois de l époque. Histoire de la féodalité financière, t, II, p. n3, dans la 4e ed. de 1888. La ir8 est de i846). r

DIFFUSION DES IDÉES SOCIALISTES

Bûchez et Roux; Y Histoire de la Révolution , de Louis Blanc, les Fastes de la Révolution française , de Marrast et Dupont; Y Histoire des Montagnards , d’Esquiros, les rééditions des orateurs de cette époque, de Robespierre surtout, créaient une sorte d’atmosphère propice à de nouveaux bouleverse* ments, enfiévraient bien des cerveaux qui brûlaient de recommencer les grands ancêtres \ répandaient jusque dans la bourgeoisie des sentiments et des impatiences révolutionnaires. Nul, en cet ordre d’idées, ne produisit autant de ravages que YHistoire des Girondins, que Lamartine fit paraître en mars 1847, et qu’on a pu considérer avec raison comme une des causes de la Révolution de Février1 2.

Or, la masse ouvrière des villes industrielles, de Paris surtout, offrait un terrain de plus en plus propice à ces excitations révolutionnaires et à ces appels à la lutte des classes. Nous avons remarqué déjà que les observateurs et les enquêteurs se plaignaient de voir croître à la fois sa démoralisation et sa misère, diminuer ses sentiments religieux, angmenter le nombre des délits, des vols surtout, s’aggraver le libertinage des femmes 3, disparaître peu à peu la vie de famille. L’instruction, entravée, malgré la loi de 1833, par l’emploi des enfants dans les manufactures, avait cependant fait des progrès; l’ouvrier lisait plus, mais « jamais des livres édifiants »; il préférait les romans et les chansons grivoises, ou encore les récits de batailles commentés à la veillée par de vieux soldats4; mais ce qu’il recherchait surtout, naturellement, c’étaient les ouvrages où l’on s’intéressait à son sort, et où l’on parlait de l’améliorer; c’étaient aussi les œuvres d’imagination qui racontaient les aventures de ses semblables et qui les exaltaient aux dépens de bourgeois avares, vicieux, durs, exploiteurs et peureux. Et l’état d’esprit créé par ces lectures et par ces rudiments d’instruction faisait presque regretter aux économistes de ne

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