‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 79 sur 158 · Cf. Chérest, op. cit., p. 1 tg · texte numérisé non relu

Cf. Chérest, op. cit., p. 1 tg

LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE

le matin, tout le Paris populaire reflue sur l’Hôtel de Ville pour avoir des nouvelles, s’assurer encore de sa victoire, surveiller le pouvoir nouveau, le défendre au besoin contre une tentative des monarchistes vaincus, enfin et surtout vivre cette vie fiévreuse, cette griserie révolutionnaire dont il ne peut se rassasier. D’ailleurs, que ferait-il d’autre? Les ateliers sont fermés, et peut-il être question de reprendre le terne labeur quotidien le lendemain d’une révolution, d’une révolution qui n’est peut-être pas finie? Ceux qui ne se dirigent pas tout de suite vers la place de Grève sortent du moins dans les rues; ils s’y rencontrent, s’y interpellent; des groupes se forment; des orateurs de carrefour les haranguent; la foule augmente; elle finit par se porter vers l’Hôtel de Ville....

Certains, d’ailleurs, ne l'ont pas quitté; ils ont campé dans une cour, autour de quatre pièces abandonnées par la troupe, dans la salle Saint-Jean, à côté de cadavres de près de 180 victimes de l’insurrection, dans les galeries, sur les escaliers, un peu partout. Ils se sont institués à la fois les gardiens et les surveillants du Gouvernement provisoire;

« canonniers de la République » ou « gardiens de la mort », ils reconnaissent vaguement l’autorité suprême du « généralgouverneur » Lagrange, un exalté, qui commence à délirer et qu’on devra bientôt emporter dans une maison de santé ; turbulents, soupçonneux, sans cesse en querelle, convaincus d’ailleurs qu’ils remplissent une mission sacrée, ils sont prêts à jeter le gouvernement par les fenêtres ou à se taire tuer pour lui, suivant l’entraînement du moment; ils constituent autant pour lui un péril qu’une sauvegarde1. Heureusement, autour des dictateurs improvisés, toujours cernés dans le cabinet du secrétaire général, une sorte d’état-major s’est constitué, formé d’inconnus dévoués, notamment d’élèves de Polytechnique, qui portent leurs ordres, leur permettent de communiquer avec le dehors, les protègent tant bien que mal quand la poussée du dehors devient trop grande.

i. Cf. Merruau, Souvenirs de P Hôtel de Ville de Paris, p. 48 et suiv.; Lavarenne, Les mystères de P Hôtel de Ville, passim; Drevet père, président des délégués du peuple, Les mystères de l'Hôtel de Ville, passim.

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