‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 87 sur 158 · IÔ · texte numérisé non relu

IÔ

LA CRISE SOCIALE DE i848

Marche, la brutalité de sa sommation, la menace de son fusil, l’avaient d’abord froissé; « Mais, écrit-il lui-même1, domptant aussitôt ce mouvement, injuste à l’égard de qui réclamait son droit, je me sentis bien aise, au fond, qu’une pression dont je n’avais pas à répondre forçât la réalisation du plus cher de mes vœux ».

Il s’était interposé une première fois pour calmer l’exaltation de l’ouvrier mécanicien; il n’y avait pas mieux réussi que les autres. Quand il le vit un peu calmé, sinon ébranlé, il revint à la charge.

Il reprit d’abord l’argument de ses collègues :

— Voyons, mettez-vous à côté de nous; écrivez ce qu’il faut faire.

Puis, voyant l'homme de nouveau embarrassé :

— Allons, venez, je vais vous servir de secrétaire.

Et il l’entraîna vers un bureau placé dans l’embrasure d une fenêtre.

En quelques instants il avait, sous ses yeux, rédigé le décret qui, donnant satisfaction aux exigences de Marche et de la foule, engageait, par une explicite déclaration de principes, le gouvernement dans la voie d’une refonte sociale.

Le voici, tel qu’il parut au Moniteur du lendemain 2 :

« Paris, 2 5 février 1848.

« Le Gouvernement provisoire de la République française s’engage à garantir l’existence de l’ouvrier par le travail ;

« Il s’engage à garantir du travail à tous les citoyens ;

« Il reconnaît que les ouvriers doivent s’associer entre eux pour jouir du bénéfice de leur travail. »

Avant que le texte fût porté à l’impression, un membre du gouvernement, Arago, selon Garnier-Pagès3, ou Ledru- Rollin4, fit ajouter à cette déclaration de principes une phrase de circonstance :

Page 1