‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 91 sur 158 · Lamartine, loc. cil · texte numérisé non relu

Lamartine, loc. cil

fois répétés et partant de tous les points de cette mêlée immense » b

La victoire de Lamartine était cette fois complète et fut consacrée immédiatement par un décret inséré au Moniteur 2 ; son retentissement fut énorme ; le maintien du drapeau tricolore apparut partout comme un acte décisif du Gouvernement provisoire et comme un gage de sa politique future ; nous avons vu qu’en réalité il n’avait à aucun degré été délibéré le 25 février, et que la défense comme l’attaque avaient été absolument impulsives. Il fut néanmoins considéré comme le triomphe, au sein du gouvernement, des idées de conservation sociale; toute la partie de la population française qui redoutait de nouveaux bouleversements, c’est-à-dire la très grande majorité du pays, accueillit avec spulagement le signe que la révolution était terminée; et Lamartine, qui avait non seulement lutté pour ses idées, mais les avait fait triompher, devint pour elle le véritable sauveur, en qui elle plaçait à la fois sa reconnaissance et son espoir.

Mais si la bourgeoisie et les éléments conservateurs de la nation se réjouirent sans arrière-pensée de l’échec du drapeau rouge, la fraction révolutionnaire du parti républicain accueillit avec colère ce qu’elle considéra comme une première victoire de la réaction; la rupture se fit définitive

i. Corbon, toc. cit.

3. Ce décret ne dut pas plus faire l’objet d’une délibération régulière que celui relatif au droit au travail; nous verrons bientôt que le lendemain, la discussion reprit et qu’un autre fut rédigé. En voici en tous cas a teneur :

« Citoyens de Paris,

« Le coq gaulois et les trois couleurs étaient nos signes révérés quand nous fondâmes la République en France. Ils furent adoptés par les glorieuses journées de Juillet. Ne songeons pas, citoyens, à les supprimer ou à les modifier : vous répudieriez les plus belles pages de votre histoire, votre gloire immortelle, votre courage qui s'est fait connaître sur tous les points du globe. Conservons donc le coq gaulois, les trois couleurs. Le Gouvernement provisoire le demande à votre patriotisme.

Décret :

« Le Gouvernement provisoire de la République déclare que la nation adopte les trois couleurs, disposées comme elles l’étaient pendant la République.

« Le drapeau portera ces mots : République Française. »

Paris, 25 février.

LE DROIT AU TRAVAIL

entre elle et la majorité modérée, déjà suspecte, du Gouvernement provisoire. Peu s’en fallut qu’un coup de main ne lût tenté contre elle dans la nuit même qui suivit, et il ne fallut rien de moins que l’influence de Blanqui, qui s’exerça dans un sens modérateur à une réunion tenue au Prado, pour retenir les membres des anciennes sociétés secrètes h On vit apparaître presque immédiatement, sur les murs de Paris , une affiche rouge , avertissement comminatoire adressé « Au Gouvernement provisoire », qui se terminait par cette menace : « Le peuple victorieux n’amènera pas son pavillon1 2 ». Et il ne fut pas difficile de recruter dans la population ouvrière de Paris les éléments d’une très imposante manifestation, qui se porta, le 26 au matin, sur l’Hôtel de Ville.

Cette fois, ce n’était plus un élan spontané de la foule, mais un mouvement organisé et méthodiquement poursuivi3. Les barricades des rues voisines, que des hommes travaillaient encore à consolider et à exhausser, étaient toutes couronnées de petits guidons rouges; des hommes, des femmes, des enfants offraient sur la place de Grève et dans les rues voisines des cocardes, des rubans, des bouts de laine qu’ils accrochaient presque de force à la bouton-

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