Cf. Alph. Lucas, Les Clubs et les Clubisles, p. 2i3-2i
2. Cette affiche avait été rédigée par le Dr Lacambre, partisan dévoué de Blanqui. La voici en son entier :
AU GOUVERNEMENT PROVISOIRE
« Les combattants républicains ont lu avec une douleur profonde la proclamation du Gouvernement provisoire qui rétablit le coq gaulois ot le drapeau tricolore.
» Le drapeau tricolore, inauguré par Louis XVI, a été illustré par la première Republique et l’Empire; il a été déshonoré par Louis-Philippe.
« Nous ne sommes plus d’ailleurs ni de l’Empire, ni de la première République.
« Le peuple a arboré la couleur rouge sur les barricades de i848. Qu on ne cherche pas à la flétrir.
« Elle n’est rouge que du sang généreux versé par le peuple et la garde nationale.
« Elle flotte étincelante sur Paris; elle doit être maintenue.
« Le peuple victorieux n’amènera pas son pavillon. »
3. Cf. en particulier, sur la manifestation du drapeau rouge, le aG février, Garnier-Pagès, op. cit., t. VI, p. gg-io4; Louis Blanc, op. cit t. I, p. 1 16ia3; Adolphe de Circourt, Souvenirs d'une mission à Berlin en 18b8, t. I, p. 48-53.
LA CRISE SOCIALE DE i848
nière et au chapeau des passants. Les quelques fractions de gai’des nationaux qu’on put enfin conduire jusqu’à l’Hôtel de Ville durent, au passage, briser les coqs de leurs shakos; des drapeaux rouges flottaient à un certain nombre de fenêtres.
Dans la matinée, « noire, froide, coupée par des coups de vent furieux » 1 2 (une averse glaciale était tombée la veille au soir, et cette inclémence du temps fut une circonstance très favorable pour le Gouvernement provisoire), les colonnes populaires commencèrent dès le matin à affluer sur la place de l’Hôtel-de-Ville ; elles se montraient moins bruyantes que la veille, plus disciplinées, mais, peut-être, par là même plus inquiétantes, car cette fois elles obéissaient visiblement à une direction. Les bannières rouges qui flottaient au-dessus d’elles n’étaient plus faites de lambeaux d’étoffe accrochés au hasard sur une perche, mais avaient la forme de larges drapeaux éclatants. « On sentait la préméditation, la volonté de faire arborer ce nouveau symbole. On vit alors se renouveler les scènes de la veille, fantasias à coup de fusil, clameurs, vivats, accusations de trahison, applaudissements, assauts sur l’escalier principal, choc des masses contre les masses, mouvements incessants d’une eau bouillonnante-. Le tumulte était si intense, qu’on s’aperçut à peine de la chute d’un homme qui, placé à l’une des croisées et gesticulant, se laissa involontairement choir sur la place. A un moment, quelques individus parvinrent à se hisser jusqu’audessus de la porte principale et à attacher un drapeau rouge à la statue de Henri IV. Cette inauguration fut saluée par un hourra général 3. » Quatre canons, amenés du boulevard du Temple, furent braqués sur la façade par une troupe de « gardes nationaux auxiliaires », commandés « par un homme à barbe longue, coiffé d’un béret rouge, portant une peau de mouton sur les épaules et un hausse-col d'officier, auquel une épaulette de garde municipal était attachée, trophée d’un combat du 23 février4 ».