‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 97 sur 158 · Lyon, Marseille, Limoges, par exemple · texte numérisé non relu

Lyon, Marseille, Limoges, par exemple

2. A Madame Grote, 29 février. Correspondance , t. 1, p. 206. Nous citons également une lettre du 8 mars à H. Reeve.

LA CRISE SOCIALE DE i848

ignorant le lendemain, et prépares à tout.... Les plus riches ont perdu ou perdront leur fortune.... Nous avons en perspective une faillite générale, la guerre, l'anarchie, et, ce qui est pire, la haine des classes inférieures contre tout ce qui est placé au sommet de la société.... Toute la ville est sous les armes, dans l’attente de quelque terrible événement » 1.

Ce premier désarroi angoissé, qu’il ne faudrait pas exagérer, et qui surtout fut très court, eut pour effet immédiat de rallier au Gouvernement provisoire toutes les forces vives de la bourgeoisie et de supprimer toute velléité de résistance monarchique ; il s’agit bien en effet de préférences politiques, voire de la forme du gouvernement : « l'invasion des barbares » est inévitable, « gagner du temps est la seule chance de salut2», et la seule manière de gagner du temps, c’est de soutenir autant qu’il est possible ces quelques hommes que les circonstances ont conduits à l’Hôtel de Ville et placés passagèrement à la tète du pays. Il y a là évidemment des noms qu’on préférerait n’y pas trouver, mais, tel qu’il est, ce gouvernement, que semble tolérer le peuple victorieux, barre la route « aux communistes et aux bandits de toute espèce » ; il a courageusement, héroïquement même, résisté à leurs sommations, écarté avec le drapeau rouge leurs appétits de bouleversement et de pillage, donné des garanties de conservation sociale. Il faut se presser autour de lui, ne pas le laisser ainsi isolé et exposé, mais le fortifier des adhésions de tous, encourager et soutenir ceux de ses membres, comme Lamartine, qui se dévouent pour le salut public, leur permettre enfin de réorganiser les forces sociales dont la dissolution actuelle livre sans défense les classes possédantes à la première tentative anarchique. Aussi « tout honnête homme est-il décidé à soutenir le gouvernement, de quelque couleur qu'il soit, et

i. « D’un côté, écrit Mérimée, il y a des gens étonnés de leur victoire et ne sachant trop qu’en faire; de l’autre, une masse immense de poltrons, tantôt se rassurant, tantôt s’abandonnant au plus abject découragement, prêts à tout céder, peut-être jusqu’à leurs têtes qu’on ne leur demande pas. » A la comtesse de Montijo, a5 mars. (Augustin Filon, Mérimée et scs a/nis, p. 194).

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