CHAPITRE II — LE SOCIALISME
nationaux où il ne soit question de scission ou d'exclusion.
Ils ne s'entendent point sur ce que peut être une société collectiviste ou communiste, sur les moyens d'opérer cette transformation, sur l'organisation politique et économique du prolétariat en parti de classe pour la conquête et la socialisation des moyens de production et d'échange, et même sur la notion de « parti )) et de « classe ». Pour M. Georges Sorel et ses disciples, ces deux termes s'excluent: « Le parti, machine essentiellement politique et démocratique, dit M. A. Labriola, est autre chose que la classe )>.
M. Gustave Hervé, qui aime à casser les vitres, crie volontiers : « A bas la République I » M. Jules Guesde, quand il n'est pas député, se désintéresse du régime, et les syndicalistes nourrissent à son endroit une haine cordiale, la k haine créatrice », dont parla un jour M. Jaurès, cependant que celui-ci considère que « le parti socialiste défend dans la République un moyen nécessaire de libération et d'éducation. Le socialisme est essentiellement républicain. On peut même dire qu'il est la République elle-même, puisqu'il est l'extension de la République au régime de la propriété et du travail ».
Quelques socialistes attendent tout du Parlement; d'autres n'en espèrent rien, mais cherchent à y pénétrer tout de même ; enfin, d'autres encore proclament un socialisme d'action directe qui s'oppose à tous les autres.
Que les socialistes s'emparent du pouvoir par ruse ou par force, par une surprise du suffrage universel,
OU par un coup de main révolutionnaire, ils ne pourront rien. On le savait de reste; mais il n'est pas mauvais qu'un des leurs, M. H. Lagardelle, le leur ait répété au congrès de Nancy : « Je dis que ces deux conceptions sont également utopiques, parce qu'elles donnent h la force coercitive de l'État une valeur créatrice qu'elle n'a pas. Que vous opériez selon le mode réformiste ou selon le mode révolutionnaire, que vous soyez la moitié plus un à la Chambre ou que vous ayez pris le gouvernement d'assaut, vous ne ferez pas surgir, du jour au lendemain, une société toute faite. De quelque autorité dont vous disposiez, vous ne donnerez pas aux ouvriers qui votent pour les candidats socialistes, aux électeurs qui, pour des motifs parfois futiles et insaisissables, se pressent derrière vous, la capacité de diriger la production et l'échange. Vous serez les maîtres de l'heure, vous détiendrez toute la puissance qui, hier, appartenait à la bourgeoisie, vous entasserez décrets sur décrets et lois sur lois, mais vous ne ferez pas de miracles et vous ne rendrez pas du coup les ouvriers aptes à remplacer les capitalistes. En quoi, dites-moi, la possession du pouvoir par quelques hommes politiques socialistes, aura-telle transformé la psychologie des masses, modifié les sentiments, accru les aptitudes, créé de nouvelles règles de vie, et fait qu'à la place d'une société de maîtres et d'esclaves pourra exister une société d'hommes libres ? »
Même sur l'action à conduire, Marx s'est trompé. M, G. Sorel, qui fut un fervent marxiste, le déclare :