CHAPITRE II — LE SOCIALISME
scientifiques, artistiques, économiques, politiques qui conspirent à refeire Tordre social; son but, c'est Torjanisation des conditions nécessaires pour assurer iurablement à tous les hommes la possibilité du travail ; ainsi les réformes moindres, voulues par les ocialistes et non-socialistes, sont quelque chose de plus que de simples palliatifs : ce sont les germes ou mieux les éléments du socialisme. »
Mais pour M. G. Sorel, « c'est le mouvement ouvrier, î'est la révolte du prolétariat contre les institutions patronales, c'est l'organisation à la fois économique bt éthique, que nous voyons se produire sous nos yeux pour lutter contre les traditions bourgeoises ».
Non seulement ces définitions sont confuses, mais encore elles sont contradictoires. Alors que, pour les uns, avec M. Jaurès, le socialisme prolonge la démocratie qui Ta déterminé, pour les autres, avec M. Lagardelle, la démocratie est un danger pour le prolétariat, le socialisme doit réagir contre la démocratie. Alors que, pour les uns, avec M. G. Renard, il se fait par la solidarité et l'accord des intérêts, pour les autres, avec M. Sorel, il prend conscience par Hnsolidarité et il s'impose par l'antagonisme.
Ainsi, pour M. Arturo Labriola, « le socialisme p'est pas un dérivé de la démocratie. Tout au plus peut-on dire qu'ils tirent l'un et l'autre leur origine d'une même situation historique et qu'elle les a engendrés simultanément. La démocratie avait pour objet l'action en commun et solidariste de tous les citoyens à l'intérieur de l'État ; le socialisme a pour but l'action distincte et séparée d'un groupe de pro-
ducteurs à rintérieur de Tatelier et sur le terrain des antagonismes économiques, pour rayonner de là au dehors et investir TÉlat ».
Si Ton voulait cependant donner une définition objective, qui pût contenir toutes les formes du socialisme actuel, il faudrait se borner à dire : le socialisme est le sentiment inexprimable que la société pourrait être autre qu'elle n'est.
On définit mieux une action qu'une pensée. Voyons donc.
Dans son article constitutif, le parti socialiste a formulé ainsi la règle et le but de son action : « Entente internationale des travailleurs ; organisation politique et économique du prolétariat en parti de classe pour la conquête du pouvoir et la socialisation des moyens de production et d'échange, c'est-à-dire la transformation de la société capitaliste en une société collectiviste ou communiste ».
Est-ce plus précis, vraiment ? Dernièrement, M. Jaurès, d'ordinaire si optimiste, écrivait dans VRumanité : « Faute d'une idée claire et forte de la politique d'action, le parti socialiste se débat à cette heure dans les plus étranges contradictions ». 11 est à « l'état de chaos et d'impuissance ».
Il n'y a que le premier point sur lequel tous les socialistes paraissent d'accord : entente internationale des travailleurs, et sans doute parce qu'ils ne peuvent arriver à une entente nationale entre eux-mêmes ou parce que les socialistes étrangers ne les gênent ni dans leurs vanités, ni dans leurs intérêts électoraux. Il n'est aucun de leurs congrès