CHAPITRE II — l'anarchie DISSOLVANTE
réduit notre armée. D'ores et déjà, notre armée active est inférieure de 400,000 hommes à l'armée allemande. Nous désarmons aussi sur mer par rapport aux autres nations, puisque nous restons stationnaires, alors que l'Angleterre double, TAllemagne et les États-Unis triplent et le Japon quadruple leur budget de la marine. Au reste, nous désarmons de toutes manières, par la natalité, par Tactivité industrielle, par l'audace commerciale, et surtout par le caractère.
Les pacifistes eux-mêmes ne sauraient s'y tromper. Nous avons parlé de désarmement honteux. Écoutez l'éminent économiste Charles Gide (1) :
<( Ce n'est point pour donner la paix au monde, mais seulement pour donner satisfaction à des électeurs que le service militaire assomme, que ce service vient d'être réduit à deux ans — et qu'il ne tardera pas à Tetre bientôt à un an. Il ne s'agit point ici de l'amour de la paix, mais de Tamour de ses aises. Les hommes se soustraient au service militaire pour les mêmes motifs que les femmes à celui de la maternité — et encore celui-ci est-il plus périlleux que l'autre ! Et si on va réduire aussi les périodes d'exercices de ceux qui appartiennent à la réserve et à la territoriale, pense-t-on que ce soit par amour de la paix? Allons donc... Il n'est pas démontré que la majorité des Français réclamât cette réforme, mais ce sont les députés qui l'ont offerte à leurs électeurs comme un petit cadeau destiné à leur
(i) Dans V Émancipation,
faire oublier la sérieuse tape qu'ils leur avaient administrée Tannée dernière, à pareille date ».
Cet antimilitarisme d'actes est autrement dange^ reux que les rêvasseries des pauvres bougres qu'on claustre à Clairvaux. Après tout, ceux-ci sont de& braves. Ils sacrifient quelque chose d'eux à ce qui n'est pas eux-mêmes. Qu'ils reconnaissent la valeur de la Patrie où ils sont nés, de la société dont ils font partie, aussi que ce sont des organes vitaux de l'Humanité, et ces farouches militants de l'utopie deviendront les héroïques militaires de la Patrie en danger. Ils ont beau faire les diables, nous savons bien qu'ils ont la conscience profonde du devoir, le ressort robuste de l'individu social, — et avec cela rien n'est perdu.
Mais nos politiciens, et la tourbe des électeurs indifférents !...
Charles Gide nous dit encore :
(( La Suisse, dont on ne suspectera pas le pacifisme, vient précisément, à l'heure où la France réduisait la période d'exercice, d'augmenter celle de ses citoyens, et cela non par une loi imposée k contre-cœur, mais par un plébiscite. C'est que les Suisses savent bien que ce service-là n'a pas un but offensif, mais seulement celui de la défense de la Patrie, et pour cela ils n'en sont pas à marchander quelques jours de corvée à leur pays. Au reste, peut-être les Français eussent-ils répondu aussi vaillamment que les Suisses si on les eût interrogés,, et, surtout, si on leur eût présenté le maintien, voire même la prolongation des 28 et des 13 jours, comme