‹ La crise socialeChapitre 101 sur 184 · CHAPITRE II — l'anarchie DISSOLVANTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II — l'anarchie DISSOLVANTE

la compensation nécessaire de la réduction du service actif à deux ans ».

Malheureusement, notre pays est plus bas que ne le suppose Charles Gide. Et puis, qui donc parlerait à nos paysans un langage de bon sens et d'énergie ? Le plus nationaliste de nos parlementaires n'assure sa réélection que par une large distribution de menues faveurs, et notamment des dispenses militaires. Marix n'est qu'un organe créé par une des fonctions parlementaires. La diminution de la France est un des plus sûrs procédés électoraux; c'est aussi le meilleur moyen de gouvernement.

Ainsi notre régime n'est qu'un vaste système de dispenses du devoir, de haut en bas et de bas en haut. On n'y connaît que des « droits ».

Ce n'est pas seulement de l'égoïsme et du scepticisme. 11 y faut aussi une énorme sottise. Oh ! Timbécillité instruite, pédante, oratoire, littéraire, cabotine de ce temps!... Ils la connaissent bien nos maîtres — et même la leur, — et ils en jouent sans ménagement.

Les Humbert, les Lepère, les Rochette et les Lemoine sont légion , et les usuriers, les tripoteurs qui sont des gogos, ce sont la plupart des électeurs. Le truc préféré des coquins et qui réussit toujours, c'est l'espoir fallacieux d'un lucre illégitime, malhonnête. En l'occurrence, ce sont les faveurs dont dispose le politicien, qui anémient la patrie, dissolvent la société et détraquent l'État. La « poigne » de nos ministres ne nous leurre point. On voit trop qu'elle ne s'exerce que sur les faibles. Seuls, les anarchistes

théoriques qui paraissent en pâtir ont à s'en féliciter : n'est-ce point pour faire leur besogne en grand, en toute tranquillité, que les anarchistes pratiques les emprisonnent ?

Les coups de fusil au Maroc ne furent non plus des manifestations de force nationale.

Certes, il y avait là une belle tâche de civilisation à accomplir : policer ces populations barbares, esclavagistes, et par là assurer définitivement la sécurité de nos protégés noirs de l'Afrique occidentale, périodiquement — par les rezzous maures et marocains — molestés, pillés, tués, emmenés en capti- vite, pour être vendus comme delà <( viande », disent les négriers, sur les marchés d'esclaves du Maroc. C'était aussi faire un bloc de l'Afrique française, avec notre Algérie, notre Tunisie, notre Afrique occidentale et notre Congo, — toute la possibilité d'une action d'humanité féconde. Déjà, le général Lyautey, avec tout le cœur et l'intelligence qu'il y faut, avait préparé notre pénétration civilisatrice.

Mais les hésitations louches de cette campagne, l'incohérence des ordres supérieurs, qui semblent toujours attendre ceux de la Bourse, pour tout dire la puanteur d'argent sale et de flibuste qui s'est dégagée de toute celte aff'aire ne laisse point d'inquiéter le vrai patriotisme.

Déshonorer l'armée dans des aventures de Bourse est aussi d'une terrible tactique antimilitariste.

On désespère. Car ce n'est pas seulement devant l'étranger menaçant qu'on désarme, c'est aussi devant l'avenir, notre propre avenir, quand, l'âme

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