‹ La crise socialeChapitre 102 sur 184 · CHAPITRE II — l'anarchie DISSOLVANTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II — l'anarchie DISSOLVANTE

française se reprenant, il s'agira de reconstituer la société.

L'armée n'est pas qu'une force guerrière et policière, c'est aussi une force morale. Et aussi bien^ c'est comme force morale que nos politiciens la redoutent el la haïssent.

Ils Taffaiblissent donc, tant qu'ils peuvent, après l'avoir énervée, en attendant qu'ils puissent la dissoudre, comme ils font de toutes les grandes forces organiques, que ce soient la famille, la religion, l'association libre ou l'enseignement libre qui, étant des forces, échappent à l'exploitation et à la tyrannie des politiciens.

Ils diront bien, et avec quelle éloquence : République, Patrie, liberté, démocratie; mais leur destin est de nier la Ptépublique, de ruiner la Patrie, de juguler la liberté et d'abrutir la démocratie.

Dans tous les scandales qui composeront la chronique de notre troisième République, la police et la magistrature ont une attitude équivoque. Ainsi, dans Paffaire Steinheil, elles eurent avant tout la volonté de ne rien savoir et le souci de chercher à égarer l'opinion publique. Pourquoi?

Est-ce seulement parce que la police, beaucoup trop occupée à régler les affaires de cœur et d'argent de nos maîtres de la politique, de la presse, et des maîtres de nos maîtres de la finance, n'a pas le temps de pourchasser les malfaiteurs? Est-ce seulement, comme on voudrait bien nous le faire accroire, en sacrifiant au besoin quelque Baïhaut de la magistrature, qu'un juge d'instruction trop régence ou

trop sensible s'est laissé aller à des faiblesses d( galanterie? Non pas. Avec des précautions inusitées une pudeur qu'on ne leur soupçonnait point, le journaux ont dû prononcer un nom : Félix Faure. ji

Qu'est-ce à dire ? Secret d'État? Allons donc ! Lod' ébats erotiques d'un vieux beau, fût-il président d( la République, n'ont pas cette importance, — et lee ! Français n'en sont plus à s'indigner pour si peu. L(| commerce décoratif d\in Grévy, la complaisance!, panamiste d'un Loubet, le cynique népotisme d'uri'j Fallières sont autrement graves.

D'ailleurs, les intérêts supérieurs de l'État ne trou^ blent point le sommeil de nos dirigeants, spirituels.j temporels et occultes. Pour avoir dix lecteurs dei plus que les confrères, pour assurer sa réélection,! pour réussir un coup de Bourse, quel est le journal, l'homme politique ou le financier qui hésiterait m divulguer les plus graves secrets d'État ?

Et puis, peut-il y avoir des secrets d'État, à tout le moins pour ceux qui ont intérêt à les connaître, avec un pouvoir politique acéphale, o\x tout passe, où personne n'est responsable, où la corruption et la trahison sont partout?...

Dans la plaidoirie qu'il a prononcée pour M. Charles Humbert contre le Matin, M. Labori, évidemment bien informé, a pu dire : « A l'heure actuelle, — nous le savons bien par un article paru dans un journal, — les circulaires les plus confidentielles du ministère de la Guerre et du sous-secrétaire d'État, il (M. Charles Humbert) les a en même temps que le ministre, parce qu'en fait des camarades lui appor-

Page 1