CHAPITRE II — l'anarchie DISSOLVANTE
tent ces documents et qu'il les reçoit. Il faut ajouter qu'avant de publier pareilles pièces, il se rend au cabinet du ministre et ne les publie qu'après Ten avoir prévenu... »
A propos de Félix Faure, on nous a servi encore le cliché de la distinction entre la vie privée et la vie publique. 11 convient d'en dénoncer Thypocrisie. La vie privée, c'est la source de la vie publique, — et quand celle-là est putride, celle-ci ne saurait être pure.
Des hontes de nos dirigeants, on prétend faire des secrets d'État. Nous opposerons donc la grande maxime positiviste, qui doit s'appliquer plus encore à la vie privée qu'à la vie publique : Vivre au grand jour,
La presse a ses raisons d'être discrète. C'est pourquoi, avec son concours, bien des scandales ont été étouffés. Étouffera-t-on encore celui-ci? Peut-être. Mais ce sera difficile, — et la prochaine fois plus difficile encore.
C'est que la presse, liée toujours plus étroitement à la finance internationale, prend une telle puissance qu'elle se subordonne de moins en moins au pouvoir politique. Les journaux qui brassent des millions se désintéressent des fonds secrets et des piètres faveurs gouvernementales. Ils les abandonnent volontiers aux chiens maigres. C'est la presse, maintenant, qui subventionne les parlementaires. Ainsi, elle tend à exercer le pouvoir elle-même, pour ellemême, y compris le judiciaire.
Mais ce déplacement ne s'effectue pas sans frotte-
ment, d'autant plus que les journaux, visant chacun au monopole ou défendant leur propre existence, n*ont pas encore établi entre eux cette entente et cette solidarité qui ont fait la force de la bande poli-ticienne. C'est par là que se peut produire la fissure. En tout cas, c'est grâce à cette situation nouvelle d\me plus grande indépendance des journaux à regard de la politique, et aussi à Tantagonisme de ces journaux entre eux, que nous avons pu voir se projeter quelque lueur sur ce sombre drame de rimpasse Ronsin, les tripotages de la marine et les dessous de Tagence Marix.
Pour ne pas parler de la police, qui n'a besoi» que de vigilance servie par de la poigne, qui n'est qu'un instrument, constatons que la magistrature perd encore de ce qui peut lui rester de prestige-
Contre la criminalité de sang, de plus en plus inquiétante, on a réclamé le rétablissement de la peine de mort. Cette magistrature de forfaiture, méprisée, est-elle qualifiée pour prononcer des peines, et surtout la terrible peine capitale ? Est-ce que ces juges tarés, qu'on a vus intriguer chez les Humbert et roucouler dans le louche salon des Steinheil, ont la dignité qui convient pour être des justiciers? Quelle garantie nous offrent-ils ! Que valent leurs arrêts, si nous pouvons soupçonner qu'ils sont commandés et payés? Que valent les condamnations qu'ils prononcent si, en face d'eux, les pires criminels paraissent moins dangereux pour l'ordre social et moins vils ?
Tout est détraqué, tout est sali... Pour que Técha-