‹ La crise socialeChapitre 104 sur 184 · CHAPITRE II — l'anarchie DISSOLVANTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II — l'anarchie DISSOLVANTE

faud ait une signification, p9ur qu'il soit efficace, il faut qu'il conserve sa tragique majesté. Il faut que les mains qui y poussent lé criminel, pour la sauvegarde sociale, soient propres ; il faut que la robe rouge soit intacte...

L'affaire Steinheil est la marque du régime. Elle en a remué toutes les saletés.

Il y a le mari décoré de la Légion d'honneur pour les « services exceptionnels » de sa femme, laquelle sait aussi — avec les mêmes procédés sans doute — faire acheter par l'État les piteux barbouillages de ce lamentable sous-Meissonier. On avoua six de ces achats. On aimerait à connaître les commensaux de l'impasse Ronsin, ou les passagers du canapé du Vert-Logis qui ont fait payer ainsi par l'État leurs petites émotions clandestines.

La Steinheil réunissait autour d'elle, à ses soirées, pour sa cour, des hauts fonctionnaires, des généraux, des politiciens de marque, de fringants gentilshommes et des bourgeois cossus. Tous ces adorateurs savaient cette reine très accessible. Aucun de ces dirigeants n'ignorait, ne pouvait ignorer — cela se savait même dans le peuple — ce qu'était ce mari décoré, ce qu'était cette mondaine, et de quelles ignominies s'alimentait leur luxe. Et c'est précisément parce qu'ils en étaient instruits qu'ils mettaient aux pieds de cette fille leur or, celui de leur famille, leur influence, et le reste. Les uns espéraient, les autres étaient reconnaissants. C'est l'ignominie de ce ménage très parisien qui attirait ces grands personnages.

Voilà en quelles mains est tombée la direction sociale, qui implique de si lourds devoirs, une responsabilité écrasante, — voilà ce qu'il reste de la direction sociale ! Certes, Tanarchie brutale — qui ne saurait durer — vaudrait mieux que cette pourriture élégante.

Mais ce n'est pas là toute la bourgeoisie. Le parlementarisme électoral fait monter la lie.

Nous avons parlé de la magistrature qui n'a plus de conscience. Il ne faudrait pas généraliser, d'après la lie qui est montée. Dans nos provinces, il y a encore des magistrats honnêtes, dignes, pleins de leur mission sociale. Ils occupent leurs loisirs à compléter une collection entomologique, à traduire Horace, à construire une inoffensive utopie, ou à quelque autre jeu innocent. Mais ceux-là restent juges suppléants. Ils sont au comble de leurs vœux, d'ailleurs, quand l'humble ruban violet des courtiers électoraux vient honorer (croient-ils naïvement) leur boutonnière.

Dans toutes les classes, en France, il y a encore de la probité et de la santé, et la bourgeoisie en représente sa bonne part. Et c'est ce qui nous a sauvés jusqu'ici. Cela nous vient de notre sang, de notre sol, de notre ciel, de nos morts, de notre histoire...

Malheureusement, la bourgeoisie, nous entendons cette partie active qui n'est pas encore viciée, ou qui ne l'est que superficiellement, parfois par snobisme, se caractérise par sa timidité, voire sa pusillanimité, un goût excessif pour la tranquillité, — qui est le plus sûr moyen de ne l'avoir jamais, — une préoc-

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