CHAPITRE III — LE PARLEMENTARISME
Une dictature se redresse à luser, parce qu'elle a de la continuité, de la force et de la souplesse, c'està-dire de la santé, et parce que c'est la nature d'un organisme vigoureux et sain de réagir immédiatement contre les mouvements divergents qui rompraient son équilibre ou Pépuiseraient.
Et cela est rigoureusement vrai pour le meilleur parlementarisme, c'est-à-dire le moindre, comme pour la pire des dictatures.
Le régime parlementaire est un mythe. Dès qu'il essaye de se réaliser vraiment, il dévoie ou il se dément. Au reste, il ne dure tant que parce qu'il se résout toujours en quelque sournoise dictature. Sans remonter plus haut, nous avons eu celle de Combes, nous avons eu celle de Clemenceau, — une dictature subalterne, sans responsabilité, sans unité, sans continuité, et pour le compte, non de la nation, mais d'une maffia de financiers, de politiciens et de journalistes.
Institué pour surveiller et restreindre les dépenses du pouvoir, le parlement est devenu une machine sans frein possible de gaspillage et de ruine. On est engagé dans la pente rapide de la surenchère et du pillage, et jusqu'à la catastrophe.
Non plus que la force, ce n'est pas l'adhésion libre qui soutient le parlementarisme ; mais la corruption, — une corruption à répercussions infinies.
Le plus sûr appui de notre République, ce sont les 950,000 fonctionnaires et les 500,000 assistés qu'elle entretient, puis ce sont les 2 millions d'électeurs postulants ou qui se contentent de sportules
d'occasions. Trois millions de clients, c'est plus qu'îî ! n'en faut pour constituer une majorité ministérielle comme il n'y en a jamais eu, yexer dix millions de! catholiques, exploiter huit millions de prolétaires, et livrer délibérément à l'étranger un pay3 de 39 millions d'habitants.
La corruption électorale ne se dissimule plus, la tyrannie politicienne n'a plus de limite.
Voici ce que rapporte M. Henry Leyret, dans son livre La politique et les politiciens :
« ...Et je sais pire. Le ministre de la guerre accorde des allocations à d'anciens soldats. Combattants vieillis, serviteurs mutilés, la plupart de ces pensionnés spéciaux n'ont pas d'autre ressource. Ils attendent la mort sur une langue de terre en se nourrissant de ce charitable morceau de pain. Nous en connaissions qui achevaient ainsi leur vie dans des : communes voisines. Ils étaient républicains, mais d'un modérantisme qui déplaisait à certains édiles. Ceux-ci les dénoncèrent à la préfecture comme ennemis du gouvernement. Un jour, les malheureux apprirent avec stupeur que leur secours annuel venait d'être supprimé. C'était la misère brutale : ils se pendirent. — Le scandale fut étouffé ».
L'odieux système des fiches fonctionne en grand. Cette tyrannie basse n'a pour moyen que le mouchardage général. M. Henry Leyret s'étant plaint à son député que, dans sa commune, le commissaire central eût reçu d'un coup plus de 2,000 fiches à remplir, u soit la moitié du nombre des électeurs du canton », ce député lui répondit que tous les mem-