CHAPITRE ÏII — LE PARLEMENTARISME
lellen'a d'autre loi que la raison, comme le pensent les autres, elle n'est et ne sera jamais qu'une démagogie anarchique. Depuis Auguste Comte, cela n'est plus à démontrer. Il n'y a, d'ailleurs, qu'à sortir des chaires ou des bibliothèques pour voir où nous mènent aujourd'hui la superstition du nombre, l'idolâtrie de la raison, et aussi l'insidieuse complicité de la conscience.
Mais la démocratie est autre chose que la Bête de néant, issue de l'accouplement monstrueux de deux négations, théorique et pratique : la critique métaphysique du dix-huitième siècle et la destruction révolationnaire. Elle lui est antérieure, puisqu'elle est de toutes les civilisations blanches.
La démocratie n'est pas une négation pure. Elle est d'abord un fait. Et comme c'est un fait qui se maintient, qui s'affirme, qui perdure, on peut dire qu'il est nécessaire.
L'idée que la démocratie invoque pour s'expliquer ou se justifier n'est qu'une manière de mimétisme sociologique. Elle prend la couleur du temps. Aux époques troublées,, elle affecte la démagogie. Au dix-neuvième siècle, la « raison » n'a plus de lisière, toutes les utopies éclosent, et la démocratie revendique le suffrage universel et la souveraineté populaire. Il semble qu'elle les a toujours revendiqués, au point qu'on la confond avec.
Essayons de la dégager.
Voici qui y réussit du premier coup, si nous ne nous trompons : la démocratie est un mouvement d'intégration sociale.
En effet, Teffort tumultueux, incohérent ou systé-i matique, pacifique ou violent, du prolétariat pouri| s'incorporer à la société est un phénomène d'intégration.
La démocratie est donc un mouvement pour réaliser l'ordre en organisant. Le moyen âge fut la pluSj parfaite démocratie que nous connaissions.
Ce ne sont pas des nombres morts que la société! tend à intégrer, ce sont des forces vivantes. La démocratie est donc « qualité ». Elle est le maximum! de forces intégrées et organisées avec le minimum de pertes et de déchet. Pourquoi ne veut-on pas que la démocratie tienne compte des valeurs? Si elle paraît s'appuyer sur la masse^ c'est que la minorité aristocratique, qui se compose souvent de va-^ leurs épuisées ou périmées, s'oppose à Tintégratiani sociale des forces jeunes.
En résumé, l'aspiration démocratique, c'est la volonté, claire ou obscure, des forces inemployées de s'incorporer à la société ; la réalisation démocrati-| que, c'est la répartition et l'équilibre de ces forces*' agissantes.
Dans une démocratie organique, comme en GrècCy^ où elle se fondait pourtant sur l'esclavage, commej au moyen âge, oii elle s'abritait derrière le donjoiwj seigneurial, où elle s'exaltait dans les cathédrales, ce n'est pas le nombre amorphe qui gouverne, non plus, que de vagues abstractions, comme la « raison » oîh| la « conscience » ; mais des forces positives. |
C'est d'un puéril matérialisme d'imaginer que la» démocratie doi4; être le gouvernement du plus grand