‹ La crise socialeChapitre 12 sur 184 · CHAPITRE II — LE SOCIALISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE II — LE SOCIALISME

moins sous la forme exclusive annoncée par le prophète ; et quant à la conception matérialiste de Thistoire, chaque secte socialiste l'entend à sa manière qui n'est celle d'aucune autre. F. Engels, qui en est peut-être le véritable auteur, Texposait ainsi : ce La conception matérialiste de l'histoire se base sur cette idée : que la production et l'échange des produits, valeurs, etc., forment le fondement de toute organisation sociale ; dans chaque société humaine, la répartition des richesses et la formation des classes ou des états dans la société sont le résultat du mode de production et d'échange pratiqué par la société ».

Rien de plus sec, rien de plus inhumain, et par conséquent rien de plus faux socialement que cette parcelle de vérité grossie démesurément. Le social est antérieur à l'économique et le domine ; et plus le social s'élève et devient complexe, moins l'économique a d'importance en proportion. 11 est vrai que M. G. Sorel, qui est un grand magicien d'idées, fait surgir l'idéalisme du matérialisme historique. Dans la fatalité économique, il trouve des motifs d'agir, comme dans la guerre des classes les raisons mystérieuses d'une plus grande productivité, c'est-à-dire d'une meilleure collaboration. Mais tout cela n'est que de la fantasmagorie métaphysique.

M. Gh. Ândler a dit : u Deux méthodes furent employées par Marx : une déduction algébrique puissante et le plus consciencieux labeur historique ». Soit. L'instrument hégélien était puissant et le travail héroïque : le résultat n'en fut pas meilleur. A quoi faut-il l'attribuer?

Vivant en Angleterre, au milieu dïin peuple mercantile, affairé et biblique, sans tradition profonde et sans idéal, au moment d'une exceptionnelle suractivité commerciale et industrielle, Karl Marx a pu croire que la société ne se composait que de marchands, de capitalistes et d'exploités, avec pour âmes des balances, de Targent et des machines. Ainsi, tout a pu lui paraître matérialisé aussi grossièrement et fatalisé.

Nos utopistes étaient plus humains, et par là, soyons-en assurés, plus vrais. Ils étaient surtout de meilleurs éducateurs du prolétariat. Les travailleurs de 1848 ont pu mettre trois mois de misère au service de la République, qui les en a récompensés en les fusillant et en les déportant; ceux d'aujourd'hui, avec toute leur science socialiste, leur organisation de classe et leurs phrases, n'ont pu, au lendemain de la sanglante échauffourée de Villeneuve-Saint-Georges et de l'arrestation de leurs chefs, faire réussir 'une grève de protestation de vingt-quatre heures.

C'est en revenant à Proudhon que M. G. Sorel peut infiltrer dans le dur marxisme des considérations éthiques et prendre le souci d'exalter l'énergie prolétarienne. Ainsi, il n'admet plus que les socialistes s'interrogent sur ce que la société doit être, il concède qu'il leur faut savoir « ce que peut le prolétariat dans la lutte actuelle de classe » ; s'il persiste à trouver trop niaises les eschatologies utopiques, il indique à l'enthousiasme populaire des mythes Kîomme la grève générale et la révolution, qui sont tout aussi chimériques.

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