CHAPITRE IV — LA DICTATURE POSITIVE
ce qui, à un moment, n'a pu subsister de soi-même^ n'a pas plus raison de reparaître que d'être ce qui n'a pas été encore.
La tradition est ce qui se continue. Si elle était tout ce qui fut, sans tri, en bloc, nous ne serions que des ombres. Or il y a ce qui passe et ce qui dure. Il y a le fait contingent et il y a la loi nécessaire. Cela est le roi et ceci est la monarchie, c'est-à-dire une direction politique unique, continue et responsable.
Voyons donc si une dictature positiviste, à transmission sociocratique, vaut une royauté héréditaire.
M. Georges Valois nous dit : « Un dictateur représentera toujours un parti, celui qui l'a imposé. Et ce sera un parti qui le renversera. Nous aurons encore la curée, le spolia victoribiis, avec Tinstabilité, l'agitation générale, la fièvre politicienne... »
C'est, précisément, ce qu'il y a lieu de reprocher aux royalistes.
Ils sont un parti de violence, avec des amitiés excessives et des haines exaltées, parfois jusqu'à l'aveuglement.
Ils ne voient la France que d'un côté, ils ne l'aiment que dans ce qu'ils en acceptent.
Qui ne voit que le prétendant est déjà prisonnier de ce parti et qu'il est lié par des solidarités de partisans?
Ils n'évitent même point les divergences, car il y a plusieurs directions dans leur parti ; ni les compétitions, car il n'y a pas qu'un prétendant.
Prétendant, avons-nous dit? C'est plutôt d'un candidat qu'il s'agit, s'il faut en croire certaines décla-
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rations du duc d'Orléans, — et un candidat habile j déjà à flatter les préjugés de la foule, et les pires : ! suffrage universel et parlementarisme ! La possession | du pouvoir intéresse beaucoup plus ce prétendant, | semble-t-il, et la grande majorité de ses partisans, que les règles relatives au sage exercice du pouvoir. C'est pourquoi ils sont un parti.
Quoi qu'on en ait dit, il en va tout autrement d'une dictature positiviste. Ici, pas de candidats, pas de partisans. On ne s'en tient qu'aux principes et à les répandre, à grouper les forces qui les mettront en jeu au moment voulu. Les circonstances feront surgir l'homme, qui ne sera pas, alors, l'instrument d'un syndicat d'intérêts ou de haines. Et ce sera Paris, sans doute, dans un grand mouvement de réaction vitale, comme son génie lui en a souvent inspiré, qui accomplira cette première opération, la plus délicate. Après, chaque dictateur désignera luimême son successeur, sous la sanction de l'autorité spirituelle appuyée sur l'opinion publique organisée. Ainsi, ce président de France, comme l'appelle excellemment M. Pierre Félix, aura autant d'indépendance que le Roi, et la continuité sera aussi bien assurée.
L'hérédité ne laisse point d'avoir ses inconvénients. Dans les lignées royales, les fous, les imbéciles et les criminels ne sont pas rares. Dans toutes les familles régnantes, on peut même soutenir que la dégénérescence est de loi. Si la royauté a fait ce chef-d'œuvre social d'ordre, de beauté et de force humaine qu'est la France, malgré les Charles VI et