CHAPITRE IV — LA DICTATURE POSITIVE
rintelligence que prétendrait instaurer le positivisme. Cet intellectualisme contestable se dégage plutôt du Cours de philosophie positive. M. Wyrouboff n'ignore point qu'après avoir subi la pure et bienfaisante influence de Clotilde de Vaux, qu'il immortalisa en lui dédiant son œuvre capitale, Comte a rendu au sentiment, convenablement réglé, la prééminence qu'il doit avoir. Loin de susciter une prétentieuse aristocratie intellectuelle, le positivisme nous enseigne que l'esprit ne doit être que le ministre du cœur.
M. Wyrouboff, que l'anarchie intellectuelle et morale présente, la tyrannie de la presse et de la démagogie plus ou moins électorale ne paraissent pas émouvoir, s'élève contre l'institution d'un pouvoir spirituel.
Ce qu'il en dit peut être repris contre le pouvoir temporel. Les institutions humaines ne sont jamais parfaites. L'autorité a toujours provoqué des abus; mais c'est une condition de vie sociale. Il y a eu, parfois, des savants et des penseurs persécutés par le pouvoir spirituel. Soit. Mais on oublie tout le génie que ce pouvoir, par ailleurs, a fait surgir et a exalté, — et celui-là même qu'il persécutait. On oublie aussi que ces persécutions eurent souvent leur raison d'être, pour défendre la vérité traditionnelle qui était le pain des foules ou ménager les transitions nécessaires. M. Wyrouboff définit ainsi le jacobinisme : <( Imposer par la persuasion et au besoin par la force des idées qu'on croit justes ». Nous ne le chicanerons pas là-dessus, encore que nous sachions bien que nos jacobins actuels se soucient fort
peu des idées. Ils se contentent des mots sous lesquels ils recherchent des profits. C'est pourquoi la franc-maçonnerie, par exemple, qui est aujourd'hui la grande puissance jacobine, se compose de conservateurs très bourgeois jusqu'à des anarchistes très> dynamitards.
Mais pour traiter A. Comte de jacobin, M. Wyrouboff' tient à sa définition. Eh bien ! même ainsi, le positivisme n'a rien de jacobin. Il ne veut nullement s'imposer, puisque, au contraire de tous les partis et de toutes les doctrines, il réclame la suppression de tout budget théorique, afin que, dans la période de transition, la concurrence des doctrines soit assurée par la liberté spirituelle. A Tétat organique, il constitue un pouvoir spirituel qui s'appuie sur le sentiment féminin et Ténergie prolétarienne pour organiser Topinion publique et enseigner, conseiller, juger et régler ; mais ce pouvoir, ne Toublions pas, ne dispose d'aucune puissance temporelle, il est humble et pauvre, — comme le moine qui faisait s'incliner l'orgueil des empereurs; il n'agit, en somme, qu'à la façon d'un corps sanitaire de savants spécialistes qui élaborent des prescriptions hygiéniques, en s'inspirant toujours d'un sage et conciliant relativisme. C'est ce qui le distingue des anciens pouvoirs spirituels dont la plupart s'appuyaient sur le pouvoir temporel quand ils ne l'absorbaient point et qui s'inspiraient tous de l'absolutisme théologique. Au soi-disant jacobinisme de Comte, M. Wyrouboff oppose son fédéralisme. Mais Comte aussi était fédéraliste, qui prévoyait dix-sept intendances ou