CHAPITRE IV — LA DICTATURE POSITIVE
républiques provinciales, en indiquant que Paris, la métropole occidentale, devra « diminuer sa domination matérielle sur les provinces françaises, maintenant opprimées par un excès de centralisation ». Nous sommes donc fédéralistes, comme M. Wyrouboff, et même mieux que lui, puisque nous reconnaissons la condition de tout fédéralisme organique durable : une monocratie.
Mais on imagine toujours une dictature de circonstances, pour punir les méchants, récompenser les bons, une façon de croquemitaine. Il est donc naturel qu'on y répugne. Une dictature provisoire, c'est la toute-puissance d'un homme, sans l'indépendance, la continuité, la responsabilité, — le pire des régimes, certes.
Si, dans une société aussi complexe que la nôtre^ pour déterminer un concours de mieux en mieux, réglé avec une liberté de plus en plus large, il importe que le gouvernement réunisse dans un organe individuel le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, il n'importe pas moins que cette dictature soit indépendante par la perpétuité et une transmission normale qui découragent nettement, à jamais, toute ambition discordante, toute intrigue et toute agitation politicienne ; qu'elle soit assurée de Tefficacité de son effort et prenne conscience de sa responsabilité morale par la continuité.
Ainsi, nous n'avons pas à disputer sur la personnalité du dictateur. Nous nous en tenons aux principes qui apaisent. Nous savons que le plus mauvais des dictateurs sera toujours préférable au meilleur
des parlements. Il est dans un ordre et, soi-même, il ne se peut désorbiter. C'est seulement quand il n'y a pas de responsabilité, ni d'indépendance, comme dans notre anarchie parlementaire, même quand elle suscite les dictatures éphémères d'un Combes ou d'un Clemenceau, que l'arbitraire et le caprice sans frein régnent avec l'incohérence. Pour avoir une idée de l'absurdité d'un tel système, il suffit de le transposer dans l'industrie. Avec des chefs d'industrie provisoires, ou élus au suffrage, que deviendraient l'industrie et le capital industriel? -
Toute liberté positive est une force qui se manifeste. Précisément, parce qu'il est extrêmement faible, le gouvernement parlementaire, même avec une dictature provisoire, ne peut supporter aucune liberté.
Mais cela ne va pas sans perturbation. La compression de la force n'est pas de Tordre. L'ordre social est vivant. Une société ne s'ordonne que par l'action.
L'agitation syndicaliste n'est qu'une déviation de Taction corporative. Ne pouvant s'organiser, le prolétariat s'insurge.
Les soldats et la prison ne sont que les expédients de l'anarchie parlementaire. Ne pouvant permettre, on fusille.
« Énergumènes », « assassin » est bientôt dit. Et la presse, de droite et de gauche, ne trouve pas autre chose.
Si les syndicalistes pouvaient agir positivement, ils ne s'agiteraient point. Les forces qu'on veut comprimer trop éclatent.