‹ La crise socialeChapitre 128 sur 184 · CHAPITRE IV — LA DICTATURE POSITIVE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV — LA DICTATURE POSITIVE

initivement concentrées dans les mains d'un seul (i). Là aussi il y a confusion. C'est ignorer, par exemple, les nombreux ministres^et naba à qui commande le moro-naba du Mossi, bien qu'il n'y ait là aucun service public. Chez les roitelets du Sénégal, bours, damels, et autres il y avait, proportionnellement, plus de fonctionnaires qu'en France. C'est donc division croissante des fonctions sociales qu'il faut dire. Celle de la direction politique se définit ainsi de plus en plus et peut plus aisément se concentrer dans les mains d'un seul chef, dignement secondé par toutes les compétences, et assez puissant pour pouvoir s'appuyer, sans avoir rien à en redouter, sur la liberté positive de toutes les autres fonctions sociales.

Somme toute, il n'y a pas de formation sociale qui soit au « profit exclusif » d'un seul, même sous le régime parlementaire qui est le plus propre à favoriser l'exploitation d'un pays. D'autre part, ce n'est pas la monarchie la plus absolue qui existe chez les sauvages que l'on connaît. Ceux que nous avons vus dans le centre africain étaient très palabreurs, c'està-dire parlementaires. Les coups de violence d'une anarchie, ce n'est pas du despotisme.

Mais ne médisons point des anciens espoirs qui nous ont exaltés. A tout le moins, ils nous ont élevés au-dessus de nous-mêmes. Si les déceptions sont amères, elles nous instruisent.

Nous avons aimé la liberté comme des enfants passionnés : ne la haïssons point de l'avoir mal servie.

{i) Emilk Corra. — La Morale politique.

Ce que nous voulions hier, dans Tenthousiasme^ nous avons de plus solides raisons, aujourd'hui^ après Texpérience, de le vouloir encore. Mais mieux^ d'une énergie plus sûre, d'une intelligence plus claire. Ce n'est point diminuer Tidéal que de le préciser. Nous ne renoncerons point.

Nous n'opposerons donc pas Tordre à la liberté. Sachant seulement, comme nous récrivions à la première page de La Démocratie vivante, que « la liberté n'est qu'une condition de vie plus intense, tandis que l'ordre est une condition de vie essentielle », nous aurons d'abord, dans la crise dangereuse que nous traversons et qui s'aggravera jusqu'à la catastrophe définitive, le souci de l'ordre. Mais nous n'oublierons jamais que c'est pour donner des assises inébranlables à nos libertés.

Nous ne renierons point la démocratie, encore que cela devienne à la mode. Mais nous la définirons. Nous ne la solidariserons pas avec les exploiteurs de la démocratie. Nous distinguerons avec soin la démocratie qui se réalise vraiment, par nos efforts patients, de celle des mots sonores ; celle des forces vives de celle du nombre amorphe.

On s'en tient, nous le savons, à celle des mots. C'est se donner trop beau jeu pour s'en servir ou pour la dénigrer. Pourquoi ne pas la considérer dans l'action de ses énergies, dans les faits qui la prouvent ?

Certes, si la démocratie n'était que le nombre inorganique, ce serait la superstition la plus imbécile qui ait pu hébéter un peuple, et pour le perdre

Page 1