CHAPITRE IV — LA DICTATURE POSITIVE
sans recours. Car le nombre peut s'agiter au nom de vagues abstractions : il ne peut rien fonder, ni même rien maintenir. Il n'est favorable qu'aux tribuns redondants derrière lesquels manœuvre la ploutocratie. Ce n'est donc, en définitive, qu'une ploutocratie déguisée. Ainsi, la participation de tous les citoyens à la seule fonction de la direction politique est une duperie. Et cela ne peut aboutir qu'à une formidable démagogie.
La démocratie vivante, au contraire, c'est la participation de toutes les forces sociales organisées : familles, régions, associations, syndicats, universités, etc., au progrès de la société tout entière, c'est-à-dire au développement de l'ordre.
Reconnaissons-le enfin, la démocratie ne dispose point du miracle. Elle ne peut être que ce que nous l'a faisons, elle est soumise aux conditions d'existence de toute société humaine.
Il n'y a pas de liberté sans société, puisque la liberté positive n'est que le développement des forces sociales, et il n'y a pas de société sans gouvernement. C'est là donc la condition fondamentale.
Plus la société est complexe, plus le gouvernement doit être spécialisé et perfectionné. La démocratie, par le jeu des libertés dont elle vit, est une société extrêmement complexe. Elle exige donc, comme tous les systèmes très complexes, une direction politique unique, continue, indépendante et responsable, limitée strictement à sa fonction propre. La démocratie vivante est incompatible avec le parlementarisme confus, h la fois tyrannique et anarchique. Elle s'ac-
commoderait mieux, surtout dans la décomposition I présente, d'une dictature. Ce mot effraye : il n'y a plus que les mots qui nous émeuvent. La chose s'impose. On y viendra. Nous ne reconstituerons nos libertés, qui sont toute la démocratie de fait, que dans Tordre.
Pas d'autre issue, d'ailleurs, à la situation inquiétante que le parlementarisme nous a faite et qu'il empire chaque jour. Des médecins, il est vrai, se proposent : M. Charles Benoist, entre autres, est un habile praticien. Hélas ! on ne réforme pas une maladie, on n'enjolive point un ulcère. Quant à une insurrection quelle qu'elle soit, et quels que soient les vainqueurs, elle ne résoudra rien. Après les tueries et les destructions, on se trouvera en face du même problème angoissant.
Ou dictature républicaine, ou réaction monarchiste : tout le reste est impasse. Il nous faudra toujours en revenir là. Si nous repoussons Cromwell, nous aurons Monk. La société française ne se peut laisser périr.
Avant tout, il nous faut dépolitiquer le pays. C'est là l'opération la plus urgente. Nous le répétons, ce fut l'erreur monstrueuse de la démocratie naissante s'ignorant, de prétendre faire contribuer également tous les électeurs au travail législatif et exécutif, à tout le moins par leurs délégués. Sans parler du ferment de dissolution qu'est un principe qui subordonne les supérieurs aux inférieurs, il en est résulté naturellement que toutes les activités sociales ont été délaissées pour celle-là, — par quoi on obtenait tout