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CHAPITRE IV — LA DICTATURE POSITIVE

sans effort. C'est ainsi que la politiquerie a tout pénétré, dissociant et corrompant, et d'abord au détriment de la fonction politique utile.

Ce fut, on Tentend bien, contre la démocratie vivante. Car une légifération à outrance, voulant tout réglementer, mécaniser, ne laisse plus rien à l'initiative et à la liberté des citoyens. On a été jusqu'à ruiner cette liberté fondamentale, ce premier support de la démocratie qu'est la famille.

Il semble que la démocratie, reculant devant les devoirs nouveaux que lui imposait une puissance croissante, se soit appliquée surtout, dès qu'elle l'a pu, à s'affaiblir et à se dénaturer. Cela se dissimula, d'ailleurs, sous d'éloquentes proclamations de « droits » plus ou moins métaphysiques, aussi pompeux que vides de sens. 11 est plus aisé, plus glorieux, plus profitable aussi, de faire des discours que d'organiser des mutualités, des coopératives, des syndicats, des universités populaires. Mais on ne vit pas de phrases. C'est aussi d'un abus d'éloquence que souffre la démocratie.

On a pu croire que nous réclamions un sabre purificateur.

Dans la Revue hebdomadaire, M. Jean Lionnet, critique sincère et averti pourtant, nous dit : « Mais, centralisateur et autoritaire comme tous ses pareils, votre despote sera Tennemi naturel de ces associations puissantes que vous rêvez ! Un despote gardien des « libertés essentielles », quel paradoxe ! »

Ce serait un paradoxe, en effet, si ce dictateur devait être une sorte de maître dans l'anarchie, une

force isolée dans Tuniverselle impuissance du désordre, s'il n'y avait devant sa volonté et ses caprices qu'une poussière sociale. Certes, ce ne serait pas pire que le parlementarisme ; mais ce ne serait guère mieux. Encore une fois, ce n'est pas le dictateur, le sabre, l'homme, « l'homme au fouet » dont parle M. Georges Valois, à qui on fait appel, ce sont les conditions de l'ordre social, de la puissance politique qu'on envisage. Et ces conditions s'expriment ainsi pour la fonction politique : une dictature, c'est-àdire une direction unique, continue, indépendante et responsable. En annonçant que cette forte autorite sera gardienne des libertés, on présuppose ces libertés constituées ou en voie de constitution. Or, les libertés, ce sont des forces sociales organisées. Une force n'est limitée que par une autre force.

Loin d'être contraire aux libertés qui, seules, vivifient la démocratie, la dictature leur est indispensable. On conviendra qu'il y a loin de cette conception organique de la démocratie au grossier expédient, auquel des bourgeois apeurés auraient volontiers recours aujourd'hui, pour se préserver de Timpôt sur le revenu ou mater le syndicalisme. D'autre part, les libertés qui prendront un vigoureux essor dans l'ordre rétabli, — dont le syndicalisme, — sauront bien empêcher « la dictature empirique », comme disait Auguste Comte, par laquelle nous passerions, de dégénérer « en tyrannie rétrograde».

Non seulement la dictature doit être limitée, — par toutes les activités sociales réorganisées, — à la fonction politique qui lui est propre ; mais encore

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