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CHAPITRE IV — LA DICTATURE POSITIVE

tout pouvoir temporel quelconque doit être conseillé, consacré et réglé par le pouvoir spirituel, entendons la réaction normale de l'intelligence et du sentiment sur la force. « Il n'y a de gouverné temporellement, dit A. Comte, que ce qui ne peut Têtre spirituellement, c'est-à-dire qu'on ne régit par la force que ce qui ne peut l'être suffisamment par l'opinion ». La dictature que réclament les positivistes n'est donc point l'accroissement de l'autorité matérielle, mais sa nette détermination. Le parlementarisme confus ne dispose réellement d'aucune énergie positive; mais comme il dissout les libertés auxquelles il ne saurait résister, il les veut suppléer, et il absorbe tout, il intervient dans tout. C'est la légifération à outrance, l'étatisation forcenée. Il en résulte une tyrannie tracassière et basse que nous supportons avec plus de résignation que de dignité.

Le problème est complexe. Il n'y a pas qu'une solution politique et économique. La solution morale n'importe pas moins.

Et là aussi un gouvernement est nécessaire. L'inertie et la mort seules se dispensent d'être dirigées. Quand l'autorité spirituelle n'est représentée par aucun organe distinct approprié, ou elle est exercée par le pouvoir temporel, ce qui est le pire despotisme, ou elle est usurpée par les charlatans et les démagogues. Nous avons de ceci et de cela en ce moment. C'est la confusion, c'est l'anarchie ; mais ce n'est pas la liberté comme on le croit. Celle-ci ne peut être là que l'action des forces morales convergentes-.

C'est parce que celle Iriple fonclion sociale de conseiller, consacrer el régler est « suspendue depuis la fin du moyen âge » que Tanarchie a pu prendre rimmense développement qui a désorganisé toutes nos libertés et troublé, — sinon desséché, — jusqu'aux sources vives de toute association humaine. L'opinion publique organisée refrène les abus des puissants el des riches, elle exalte le dévouement et l'héroïsme. Mais n'étant plus éclairée et guidée, elle est devenue un mouvement de foules sans cohésion et sans but, qui se produit pour les idées les plus généreuses, les plus nobles sentiments, un jour, comme pour les passions les plus viles. Une presse au service de qui la paye et des politiciens de rapine déclenchent, entraînent ou arrêtent ce mouvement comme il leur est agréable ou profitable. Il en est de l'opinion publique aujourd'hui, ainsi que de l'hystérique chez qui le médecin provoque ou met fin aux crises par certaines pressions.

Le désarroi mental et moral est à son comble. Chacun se fait une conception sur toutes choses, quelle que soit son incompétence, el suivant ses intérêts immédiats les plus étroits, ses préjugés, ses humeurs, à moins qu'il ne laisse libre cours au dévergondage d'une imagination que rien ne contient plus, — pas même l'humilité. C'est ce qu'il est convenu d'appeler la libre-pensée. Le sophisme est partout. L'instruction d'État l'a mis à la portée de tous. Par là, elle a surtout contribué à l'abrutissement populaire.

On voit assez, ce semble, tout ce qu'aurait à faire

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