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CHAPITRE IV — LA DICTATURE POSITIVE

un pouvoir spirituel, sage, éducateur et ferme directeur de l'opinion publique ; et l'on voit aussi combien cette formidable puissance sociale d'approbation et de réprobation, voire d'excommunication sociale, serait efficace pour maintenir la dictature dans sa fonction limitée.

Au moyen âge, pour refréner les abus du pouvoir et de la richesse, il y avait l'excommunication. Rien ne Ta remplacée. C'est pourquoi le pouvoir et la richesse sont instinctivement suspectés et même haïs. Le boycottage d'abord, la grève générale ensuite pourraient, ce semble, remplir le même office : la société excluant celui qui s'en détache de lui-même en ne se reconnaissant aucun devoir envers elle. Gomme l'excommunication, on l'appliquerait rarement. La menace suffirait. L'opinion publique réorganisée, sagement dirigée, disposerait là d'une sanction efficace. Dès lors, rien ne s'opposerait à la concentration de la richesse indispensable à une administration féconde, c'est-à-dire au développement de la production générale, non plus qu'à une direction politique législative et executive unique et continue. Toutes les libertés seraient garanties ainsi, par une ferme autorité, dans une prospérité croissante, dans l'ordre, sans que la République ait à craindre, désormais, les excès de la ploutocratie et de l'autocratie. Remplacés, le suffrage universel et le parlementarisme seraient définitivement abolis.

Le pouvoir spirituel sera intellectuel et moral. Les philosophes exerceront le premier par la raison ; et les femmes, le second par Tafifection. Il va sans dire

que le pouvoir spirituel sera nettement séparé de tout pouvoir temporel, c'est-à-dire de toute participation au commandement et à la richesse. Les philosophes ne devront que persuader, et les femmes qu'aimer. D'ailleurs, ils s'appuieront sur Ténergie prolétarienne qui leur fournira la sanction nécessaire. Ainsi le pratique s'inspirera du théorique sans le vicier, et le théorique éclairera le pratique sans l'énerver.

La dictature, en assurant l'ordre, permettra d'abord la liberté spirituelle, qui seule peut mettre fin à l'anarchie intellectuelle et morale. « Quelque abusive que doive devenir la libre discussion dans un milieu dépourvu de convictions quelconques, dit A. Comte, il faut toujours la respecter comme nécessaire à l'avènement de la discipline intellectuelle et morale qui réglera son cours ultérieur ».

Le pouvoir spirituel permettra à la dictature de s'imposer, malgré l'ambition, comme à la richesse de se concentrer, malgré l'envie, sans que l'ensemble social n'ait plus rien à redouter de leurs excès.

Ainsi sera reconstituée la société française sur une triple base inébranlable : une féconde administration des biens ; un énergique gouvernement ; une apaisante religion, par laquelle les cœurs retrouveront un objet, les intelligences une heureuse harmonie.

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