CHAPITRE I — LA FEMME ET LE POSITIVISME
C'est sur ce bon sens de la femme et sur les inspirations de son cœuf que nous avons à compter.
On ne reconstituera point la société française sans l'efficace coopération de la femme. Son bonheur est nécessaire à l'ordre. Son influence, au progrès. C'est son amour qui rend les libertés possibles et les crée.
En France, près de sept millions de femmes travaillent, c'est-à-dire sont détournées de leur véritable destination. Cela représente plus du tiers de la population active et de la population féminine. La France occupe là le troisième rang, après l'Autriche et l'Italie. Le parlementarisme aidant, elle passera bientôt au premier. C'est dans la décomposition sociale, maintenant, dans les pires régressions, qu'elle prend la tête des nations.
« L'ouvrière! s'écrie Michelet, mot impie, sordide, qu'aucune langue n'eut jamais, qu'aucun temps n'aurait compris avant cet âge de fer, et qui balancerait à lui seul tous nos prétendus progrès ».
Voici (( l'indépendance » qu'on invoque : 45 métiers féminins rapportent 390 francs par an. Notons encore ceci : le nombre des ouvrières s'accroît plus vite que celui des ouvriers, et la proportion des femmes mariées grossit.
On parle de préserver la femme de la prostitution par le travail. La vérité, c'est que l'atelier féminin se déverse sur le trottoir, — par la corruption de la promiscuité, les nécessités du chômage ou pour compléter un salaire d'appoint insuffisant. C'est en étant filles de peine que tant de malheureuses se pré-
parent à être filles de joie. La destruction du foyer qui en résulte active aussi la propagation de la débauche, par rhomme et la femme.
Le travail des femmes est plus démoralisant que la prostitution. Il pousse les filles au lupanar, tandis que la prostitution ne les pousse point à Tusine. La prostitution se peut circonscrire, le travail des femmes a une propension incoercible à se généraliser.
11 y a des ligues morales contre l'alcoolisme, la pornographie, la débauche, etc. Elles font des conférences, elles publient des brochures, elles réclament des lois répressives, elles en appellent aux juges, — elles ne vont pas aux racines. Ces philanthropes et ces moralistes qui s'agitent avec intempérance pour dessaler la mer, ils feraient mieux d*appuyer les syndicats ouvriers qui s'efforcent d'éliminer la femme de Tatelier. Voilà une belle œuvre moralisatrice ! Pour nous ramener à Tordre, il faut toujours en revenir aux libertés. Mais peut-être ne tiennentils point tant que cela à réaliser un état social où Ton se passerait de moralistes et de philanthropes !
Bonaparte ne demandait à la femme que de faire des enfants pour ses armées. L'empereur d'Allemagne, à peine plus galant, l'enferme dans le cercle restreint et matériel des trois K : Kinder, Kûche, Kirche (enfants, cuisine, église). Le positivisme lui ouvre un champ à la mesure de son cœur.
Le polythéisme entretenait la sensualité, ce qui favorisait la tendresse. Le catholicisme cultivait la pureté, mais parfois au détriment de l'amour. Le po-