‹ La crise socialeChapitre 137 sur 184 · CHAPITRE I — LA FEMME ET LE POSITIVISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE I — LA FEMME ET LE POSITIVISME

■exclusif et indissoluble. Tout en rappelant que « Tesprit relatif du positivisme est seul apte à appréeier les exceptions sans énerver les règles », il pousse plus loin que le catholicisme cette condition essentielle du véritable mariage monogame en conseillant, ^près les longues fiançailles et les chastes préliminaires, le veuvage éternel et la communauté du cereueil. « L'absence actuelle de tous les principes moraux et sociaux, dit-il, permet seule de comprendre qu'on ait osé ériger doctoralement l'inconstance et la frivolité des affections en garanties essentielles du bonheur humain. Aucune intimité ne peut être profonde sans concentration et sans perpétuité ; car la seule idée du changement y provoque. Entre deux êtres aussi divers que l'homme et la femme, est-ce trop de notre courte vie pour se bien connaître et s'aimer dignement? »

Voici donc les caractères propres de la famille positiviste : (( Veuvage éternel, surintendance maternelle de Téducation, alimentation de la femme par rhomme, libre suppression des dots et successions féminines, faculté de tester et d'adopter. Chacune de ces conditions devient indispensable pour que l'homme puisse dignement subir l'influence continue de la femme, sous l'impulsion simultanée de la mère, de l'épouse et de la fille, également assistées ou diversement suppléées par la sœur. Sans cette sextuple garantie, l'existence domestique ne pourrait assez préparer et seconder l'activité physique ni le dévouement religieux ».

On voit la place glorieuse que le positivisme fait à

la femme, en la libérant des servitudes économiques^ et quelle mission sublime il l'invite à remplir.

D'abord l'éducation. <( Surintendance maternelle^ de réducation », dit le Maître. Il ajoute : « Toute la morale spontanée, c'est-à-dire l'éducation des sentiments, celle qui au fond affecte le plus l'ensemble delà vie, doit dépendre essentiellement des mères. »

L'ambiance familiale est indispensable à la formation des sentiments comme à leur saine direction. La vie commune, le contact journalier, aussi l'amitié, plus vive d'un sexe à l'autre, nous découvrent seuls le fonds sympathique de la nature humaine, et en y ajoutant. On ne comprend bien que ce qu'on aime. Ce n'est pas chez les cuistres et en latin, c'est dans la famille et par l'affection qu'on fait le mieux ses « humanités ». Et sans cette connaissance primordiale, cette éducation initiale, le cœur restera toujours sec, et donc l'esprit tronqué et faux. Mais ce n'est pas seulement sur les siens que la femme peut exercer sa douce influence.

Auguste Comte préconisait le salon. On entend bien qu'il ne s'agit pas là du salon mondain où Ton bostonne, où l'on intrigue, où l'on flirte, où Foiî médit, où l'on étale sa richesse, ses infamies et ses stupidités. Le salon et le club, qui devraient être, d'après Comte, des laboratoires d'opinion publique et des écoles de sociabilité, c'est à peu près l'Université populaire, comme son fondateur l'avait conçue. La femme y eût présidé moralement. Son influence eût été précieuse si elle avait pu y pénétrer suffisamment. « Tendant partout à faire justement

Page 1