‹ La crise socialeChapitre 138 sur 184 · CHAPITRE I — LA FEMME ET LE POSITIVISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE I — LA FEMME ET LE POSITIVISME

prévaloir rinfluence morale, dit Comte, le sexe ■affectif réprouve spécialement les brutalités collectives : il supporte encore moins le joug du nombre -que celui de la richesse ». Elle eût donc empêché la déviation et Téchec, qu'on ne peut attribuer qu'à rignoble joug du nombre et de l'argent, d'une œuvre utile et belle.

Salon, club ou université populaire, « c'est là surtout, lit-on encore dans le Système de politique positive, que les femmes feront librement prévaloir leur douce discipline morale, pour réprimer, à l'état naissant, toutes les impulsions vicieuses ou abusives. Un avis indirect, mais opportun et affectueux, y détournera souvent le philosophe d'une ambition fourvoyée ou d'une orgueilleuse divagation. Les cœurs prolétaires s'y purifieront habituellement des germes renaissants de violence ou d'envie, sous une irrésistible sollicitude dont ils apprécieront la sainteté. Il y a peu d'exemples jusqu'ici de philosophes détournés d'argumenter quand il faut sentir... L'orgueil doctoral sera toujours moins disposé que la violence populaire à l'efficacité du correctif féminin ; car le prolétaire est mieux animé que le philosophe par le principe affectif, dont l'invocation directe constitue la seule arme des femmes. Un sophisme leur offre beaucoup plus d'obstacles qu'une passion. L'influence féminine dignement subie par l'instinct prolétaire, constitue réellement notre principale garantie contre les immenses perturbations sociales que semble devoir susciter l'anarchie actuelle des intelligences. Quoique l'esprit ne puisse rectifier des sophismes

subversifs, le cœur sait nous préserver des désordresqu'ils provoquent ».

Toute éducation, c'est-à-dire le perfectionnement, moral, vient de la femme. C'est pourquoi les activités comme les pensées, qui sont de l'homme^ doivent toujours être dominées par les sentimentSy. qui sont de la femme.

Laissons Auguste Comte se résumer :

« Comme mère d'abord, et bientôt comme sœur^. puis comme épouse surtout, et enfin comme fille,, accessoirement comme domestique, sous chacun de ces quatre aspects naturels, la femme est destinée à préserver Thomme de la corruption inhérente à son existence pratique et théorique. Sa supériorité affective lui confère spontanément cet office fondamental, que l'économie sociale développe de plus en plus en dégageant le sexe aimant de toute sollicitude perturbatrice, active ou spéculative. Tel est le but essentiel de Texistence domestique et le caractère général de ses perfectionnements successifs... Nous sommes à tous égards, et même physiquement, beaucoup plus les fils de nos mères que de nos pères. Pareillement, le meilleur des frères, c'est assurément une digne sœur ; la tendresse de l'épouse surpasse ordinairement celle de l'époux. Le dévouement de la fille l'emporte sur celui du fils. Il serait d'ailleurs superflu d'expliquer la supériorité habituelle de la domesticité féminine. La femme constitue donc, sous un aspect quelconque, le centre moral de la famille... Ainsi, la théorie positive de la famille humaine se réduit enfin à systématiser l'influence spon-

Page 1