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CHAPITRE II — LE SOCIALISME

Et Brunetière aussi l'avait compris qui eût admis volontiers la socialisation des moyens de production, si par là « on pouvait établir la quasi égalité économique des membres de la société ».

C'est dans cet esprit humain qu'il faut juger le socialisme. Il n'y a qu'une grande bonne volonté persévérante, un désir sincère de plus de justice et de liberté de tous pour tous et aussi une action énergique et généreuse inlassable qui puissent préserver notre société des cataclysmes qui la menacent de toutes parts. Voyez, ce sont les socialistes euxmêmes qui nous indiquent ce qui peut le mieux tarir la source où s'alimente l'esprit de révolte. Voici ce qu'écrit à ce sujet M. G. Sorel : « On ne saurait trop se préoccuper des tendances h la modération qui rendent si faciles aujourd'hui les compromis; j'ai rapporté ces tendances à trois groupes : démocratique, moral et chrétien. Les capitalistes deviennent plus accommodants et se pénètrent tous les jours davantage de la nécessité de remplir le devoir social ; le grand obstacle que rencontrera désormais le socialisme proviendra du devoir social. Les ouvriers font appel aux bons sentiments de leurs maîtres, demandent à ceux-ci de leur faire Taumône d'un salaire meilleur et acceptent que leurs chefs les représentent comme des enfants qu'il faut traiter avec indulgence. Trop souvent les grèves, qui jadis donnaient naissance aux idées révolutionnaires, arrivent à produire des relations suivies entre les chefs des syndicats et la bourgeoisie, sous le patronage gouvernemental. Les notions de fatalité économique.

d'insolklarilé et de lutte de classe s'évanouissent à la fois ».

On sait, d'autre part, que M. Jules Guesde s'oppose dans son parti à tout ce qui peut préparer l'incorporation du prolétariat à la société bourgeoise.

Si c'est là une philosophie du désespoir, trop justifiée, hélas I par de cruelles déceptions, la fourbe coutumiôre des politiciens et l'égoïsme imbécile de la bourgeoisie, on ne saurait dire que c'est une doctrine de veulerie. Et tout vaut mieux que la lâcheté et la corruption dont les sociétés meurent comme les races.

Dans le socialisme;, à tout le moins dans celui qui se détourne de l'agitation électorale, il y a aussi de la bonne volonté. Il le faut reconnaître, et manifester la nôtre.

Un effort sincère et désintéressé pour incorporer définitivement le prolétariat à la société est ce qu'il V a de plus fort à opposer au socialisme.

En examinant l'évolution intéressante qui se produit actuellement dans le socialisme, nous le verrons mieux encore.

Le positivisme, parce qu'il forme un système complet, parce qu'il aboutit à une religion, peut relier tous les esprits en ralliant tous les cœurs. Mais l'agglomérat amorphe de sentiments confus, d'instincts antagoniques et d'idées incohérentes qu'est le socialisme, n'a pu élaborer, au mieux, qu'un système incomplet.

Le socialisme est le produit de la misère et du désespoir. 11 est tout ce qu'il peut être. 11 ne peut

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