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CHAPITRE II — LA DECOMPOSITION MORALE

déplaise à M. Pourésy, ce monsieur est simplemeni un aboulique impulsif, et cela ne se soigne point en écartant toutes les occasions que le malade peut avoir d'exercer sa volonté et sa nolonté,aucontrairey mais en essayant de ranimer cette volonté et cette nolonté, et d'abord par Texercice. Si Ton n'y réussit pas, il n'y a qu'à enfermer le bonhomme ; car s'il ne peut résister aux suggestions des images licencieuses^ il ne pourra, non plus, résister aux invitations às'enivrer devant les portes des cabarets, ni aux provocations à tuer que lui sera une arme quelconque^ voire un simple canif de poche.

M. Pourésy est bien documenté. Il nous dépeint la pornographie sous tous ses aspects, photogra-* phies, cartes postales, journaux, cafés-concerts^ théâtres, livres, moyens anticonceptionnels, etc. Le mal est grand. Nous le savons. Mais peut-être n'estil pas là seulement. Comme tous ceux qui s'absorbent dans une action trop spécialisée, M. Pourésy y rapporte tout.

Quoi qu'il en dise, ce n'est pas la pornographie qui a poussé Soleilland au crime et l'enseigne Ullma à la trahison. « Ullmo, dit M. Pourésy, ne serait pa& aujourd'hui où il en est si la pornographie ne s'était mêlée à sa vie. Les photographies galantes, les soirées passées dans les music-halls de T. que nous connaissons un peu l'ont poussé à l'abîme ». Une action sociale qui s'inspire de vues aussi simplistes ne saurait être efficace.

Il faudrait donc, d'abord, définir la pornographie. Première difficulté. L'ai% la science, par exemple^

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seront toujours d'excellents prétextes. Si on les écarte délibérément, comme le proposent de farouches pudeurs, on risque de tomber dans le grotesque ou Todieux, ainsi qu'il est advenu parfois, — et non sans dommage pour l'action moralisatrice.

Déjà, au congrès même, M. Georges Lecomte, au nom de la Société des gens de lettres, a prononcé : (( Nous avons le plus grand souci des libertés légitimes de Tart ». Et ailleurs, M. Doumergue, ministre de l'Instruction publique, a dit, le lendemain du congrès et à son propos : a Les conditions expresses d'une réglementation nouvelle seraient qu'elle respectât tous les droits de la pensée, toutes les formes de . l'art — pourvu qu'elles soient vraiment artistiques — et ne laissât nulle place à l'arbitraire ». Les industriels malpropres que nous visons peuvent être tranquilles : avec de telles formules, tout peut passer.

L'art, la pensée, la beauté î Ce qui est immoral et malsain n'est pas nécessairement stupide et laid.

S'il en est ainsi, le plus souvent, c'est que la boue n'a pas encore atteint toutes les parties hautes. Mais il est visible qu'elle monte...

Jusqu'ici, les artistes et les écrivains de grand talent ont eu d'autres débouchés, et ils avaient quelque idéal. Mais la concurrence entre les talents se fait toujours plus âpre, la soif d' « arriver » toujours plus intense, qui ne sauraient supporter les désuets scrupules sur les moyens. D'autre part, la clientèle pornographique grossit constamment et offre ainsi une prime de plus en plus forte à la production spéciale qui fait sa triste joie.

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