‹ La crise socialeChapitre 156 sur 184 · CHAPITRE III — l'individualisme · texte numérisé non relu

CHAPITRE III — l'individualisme

Nous ne savons que ceci : ils s'élevaient, nous dégénérons ; ils étaient joyeux, nous sommes misérables; Paris était la lumière du monde, le cœur de l'humanité, il n'est plus qu'un mauvais lieu de plaisir ; la France était glorieuse, active, elle est honteuse, tremblante devant toutes les audaces...

Ce sont les raisons qui nous restent, s'il en est besoin, d'accepter les devoirs dont le sens nous échappe et de les remplir passionnément.

On a dit qu'il est plus aisé de faire son devoir que de le reconnaître. Nous ne profiterons point de cette porte pour nous dérober. Nous ne choisirons pas. Ce sont tous les devoirs en bloc qu'il faut assumer, et ce sont tous les droits qu'il faut réserver. Ainsi la logique la plus spécieuse n'aura pas raison du cœur.

(( L'esprit n'est pas destiné à régner, a dit Auguste Comte, mais à servir; quand il croit dominer, il rentre au service de la personnalité, au lieu de seconder la sociabilité, sans qu'il puisse nullement se dispenser d'assister une passion quelconque. En effet, le commandement réel exige par dessus tout de la force, et la raison n'a jamais que de la lumière ; il faut que l'impulsion lui vienne d'ailleurs ».

Exaltons l'affection.

Il n'est pas d'autre moyen de salut que celui du devoir, du plus grand, du plus dur.

On nous invente et on nous offre chaque jour des dispenses nouvelles, on proclame à tous les carrefours des droits nouveaux : il nous faut, au contraire, remettre en vigueur tous les devoirs, même les plus désuets, — pour n'en pas omettre.

De même qu'il n'y a pas de droit indispensable, il n'y a pas de devoir inutile.

C'était une vainc question de savoir si Ton peut réduire de quelques jours les périodes d'exercice des réservistes et territoriaux ; mais c'a été une terrible folie que de risquer ainsi, d'un coup de dé, en réduisant les périodes, toutes les possibilités de la société française.

Au surplus, cette préoccupation obsédante qu'ont les élus de réduire les devoirs sociaux de toutes sortes a certainement pour effet, — même quand ces devoirs paraissent superflus, — d'énerver la socialité, de relâcher les liens sociaux et d'accoutumer le peuple à ne se reconnaître plus que des droits.

Et c'est duperie, en définitive. Si tous les citoyens font tous leurs devoirs, n'est-ce point comme s'ils obtenaient tous les droits possibles ? Si personne ne remplit ses devoirs, si, de ce fait, il n'y a plus de société, peut-il y avoir d'autres droits à exercer pour chacun que ceux, limités à ses pauvres moyens et à sa précaire existence, de la bête sauvage?

Mais la logique prouve tout. Et les Français sont devenus très forts à cet exercice. Les pires insanités, plus ou moins systématisées, ont des adeptes fervents.

11 en fut toujours ainsi aux époques de transition ou d'anarchie morale et intellectuelle. Quand les intelligences et les volontés ne sont plus contenues et guidées, elles se désorbitent et se dispersent. Tant que l'Église ne fut pas suffisamment organisée, jusqu'au troisième siècle, on vit surgir dans le christia-

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