‹ La crise socialeChapitre 157 sur 184 · CHAPITRE III — l'individualisme · texte numérisé non relu

CHAPITRE III — l'individualisme

Tïisme naissant des croyances insensées. Il y eut alors, ( parmi les gnostiques, des adorateurs de Satan, du î Serpent, de Caïn, voire de Judas Iscariote.

Nous avons aussi nos Ophites, nos Caïnites, et .notre évangile de Judas est propagé avec succès. f Jusqu'ici, Tindividualisme avait été un tempérament inadaptable qui se justifiait comme il pouvait par des théories imbéciles et confuses dont L'Unique et sa propriété de TAUemand Stirner est resté le plus •complet exposé.

L'individualisme d'actes brutaux est encore réprimé parfois par la société, et Tindividualisme insinuant qui pénètre nos institutions pour les détruire est justement réprouvé par les moralistes.

Ce fut aussi, limité aux hommes d'affaires, et seulement pour paraître légitimer l'exploitation sans frein d'un prolétariat dispersé, l'évangile de la ploutocratie.

Et voici qu'on nous en présente une définition qui, ■dit-on, « est de nature à guider et à coordonner pendant de longues années la pensée humaine, à mettre de Tordre et de la clarté dans l'anarchie des discussions contemporaines, où tous les points de vue s'en- <îhevêtrent, à relever enfin l'esprit public du scepti- -cisme et du dilettantisme qui sont la conséquence fatale de cette anarchie ».

La sincérité de l'auteur de cette définition, M. H.-L. FoUin, est certaine, comme sa bonne volonté. Voyons donc jusqu'où peut aller, sans y prendre garde, une intelligence cultivée, très logique, mais non ralliée à un point fixe, non reliée à un ensemble

organique, non réglée par une doctrine constituée^ et flottante dans une ambiance d'anarchie générale

Ici, il faut faire attention. La définition qu'oiï(t| nous présente, pour absurde qu'elle soit, dans sa lettre et dans son esprit, n'est pas négligeable, car elle reflète les actes incohérents de la plupart des Français d'aujourd'hui. Où cet intellectuel formule | une vague idéologie, dont il tiendra très peu de compte dans sa pratique sociale, la foule sent, veut et agit. Et c'est cela qui est inquiétant.

Nous examinerons brièvement la définition de M. FoUin ; mais par section.

— V individualisme est une doctrine philosophique suivant laquelle les rapports de Vindividu avec l'univers sensible conditionné sont le commun dernier terme possible de toute conscience, de toute connaissance et de toute conduite humaine.

Il y a une société, il y a une espèce, — il n'y a pas un individu. 11 y a des individus : noirs, jaunes, blancs, fétichistes, théologistes, positivistes, fous, criminels, sages, etc.

Les rapports de ces individus avec l'univers sensible varient à l'infini, suivant leur physiologie, leur psychologie et leur sociologie. Or il n'y a de science que du général. Une philosophie directrice est une construction sociale qui exprime l'âme séculaire d'une race. Les vérités vivifiantes, — et ce sont les seules vérités, — sont de tous, et bien plus encore des morts que des vivants. Nos impressions les plus individuelles, ce sont celles de nos rêves et de nos hallucinations. Et donc, les philosophies individua-

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