CHAPITRE III — l'individualisme
listes, par excellence, ce sont les divagations des aliénés.
— Cest une doctrine morale suivant laquelle Vaspiration à Uharmonie universelle est la fin de la conduite humaine^ et la liberté de la conscience individuelle est le moyen.
Si la conscience individuelle est un moyen, il lui faut s'appliquer à sa fin, — elle n'est donc plus libre. Elle l'est d'autant moins qu'une seule fin lui est prescrite : aspirer à l'harmonie universelle. Et au nom de quoi? M. Follin oublie de nous le dire.. Une harmonie est faite d'accords. 11 n'y a pas d'accords sans contrainte. Harmonie universelle? On n'en demande pas tant.
— Cest une doctrine sociale suivant laquelle la satisfaction des besoins individuels est la fin de la solidarité humaine, et le libre groupement des affinités et des intérêts individuels est le moyen.
Nous rappelons que nous avons affaire à un esprit cultivé et qui s'efforce d'être clair. Mais il confond tout. La solidarité humaine est un fait social qui est la négation même de l'individualisme. Puisque nous sommes solidaires, chacun de nos actes intéresse Tensemble social. La solidarité ne saurait donc avoir pour fin la satisfaction des besoins individuels.. D'ailleurs, ce n'est que chez les animaux les plus inférieurs qu'on peut, à la rigueur, considérer cette fonction physiologique comme une fin.
— Cest une doctrine économique suivant laquelle la satisfaction des besoins individuels est la fin de la
productivité humaine, et le libre échange des produits et des services individuels est le moyen.
On le voit, M. FoUin se répète. C'est qu'il réduit tout le social à l'économique et tout Téconomique à la production. Cet économisme date de près d'un siècle. Il a maintenant sa contre-partie dans le sabotage ouvrier et les bombes anarchistes. Les individualismes se heurtent.
— Cest une doctrine juridique suivant laquelle la détermination des responsabilités individuelles est la fin et la liberté des contrats est le moyen. •*
Il n'y a pas de responsabilité individuelle, c'est-àdira absolue, parce que le déterminisme est universel. Il n'y a que des responsabilités «sociales, entendons des responsabilités relatives, par rapport à la société. Il n'y a de liberté que pour les contrats honnêtes, c'est-à-dire qui ne nuisent point à l'état social.
— Cest une doctrine politique suivant laq^ielle la liberté et la sécurité individuelle sont la fin, et la nation ou rÉtat sont les moyens.
Cela semble une gageure. On n'a jamais fait tenir en si peu de mots tant de non-sens. La liberté débridée menace la sécurité. Pour garantir celle-ci, il faut nécessairement régler celle-là. Si la nation qui est l'âme de la race n'est plus qu'un moyen pour l'individu, elle se dissout, et la race disparaît. Si l'État, qui a pour fonction essentielle de faire réagir l'ensemble sur les parties, est le moyen des intérêts individuels, il se désagrège dans le parlementarisme, — il n'a aucune raison d'être.