CHAPITRE III — l'individualisme
. — Cest enfin une doctrine esthétique suivant laquelle la représentation idéale des perceptions individuelles de la réalité est la fin de l'art et de la littérature, et iles combinaisons de formes, de couleurs, de sens et de mots sont les moyens.
C'est encore le contraire qui est vrai. L'art est né i d'une émotion commune, et de la volonté de l'exprimer ou de la rappeler. M. Follin ne nous donne î que la théorie de l'art décadent. C'est dans les épol -ques organiques, oii le peuple n'a qu'une âme, que le |; grand art s'épanouit. L'art est la fleur de la socialité. ; ' « Pour éliminer toute confusion entre l'individua- [ îisme et l'anarchisme », M. Follin ajoute enfin :
— Cest une discipline qui admet les bienfaits de Vautorité, mais seulement dans la mesure oit celle-ci est exercée par les individus les plus dignes, et volontairement consentie par les individus qui la subissent.
S'il y a discipline et autorité, il n'y a plus individualisme, car le propre de la discipline, c'est l'abnégation, et le propre de l'autorité, c'est la contrainte. On ne se sacrifie que pour ce qui est plus que soi. On ne se soumet qu'à ce qui est plus que soi. Quand l'autorité doit être volontairement consentie, à chaque moment, par l'unanimité des individus qui la subissent, elle n'est plus, et ne peut plus être. Si elle pouvait être, elle serait inutile, — et les anarchistes auraient raison.
L'individualisme est un ferment de dissolution. Avant qu'on en fît la théorie, il agissait. Tous les organes sociaux en sont atteints.
Ce n'est ni pour la liberté, ni pour Tindividualilé» La liberté possible n'est que dans Tordre. Des égoïsmes déchaînés s'oppriment et se ruinent. L'individualité est un produit social. On ne se réalise qu'en se contenant. On ne se fait que par l'effort. Pour s'élever, il faut se soumettre d'abord. Comme le dit M""^ Daniel Lesueur : « Sans l'acceptation de la souffrance, de l'obéissance, de l'inégalité, de la discipline, on marche dans l'ombre de la mort ».
M"'^ Daniel Lesueur s'adresse surtout aux femmes. Certes, c'est du courage que de s'élever contre les sophismes qui abêtissent, la littérature qui pourrit^ la (( pitié » qui livre et de prêcher l'énergie aux femmes à qui on ne parle plus que des droits de la passion ou de la jouissance. Mais n'est-il pas, pour les femmes surtout, de meilleur, de plus efficace enseignement que celui qu'elle nous propose. Malgré l'obscurité que l'Allemand, suivant la remarque d'Auguste Comte, prend volontiers pour de la profondeur, on peut voir que Nietzsche n'a pas d'autre ressort que l'orgueil ni d'autre fin que l'admiration de soi-même, — sinon de ce qu'il est, du moins de ce qu'il s'imagine ou désire être.
Tenir bon ? Oui, certes. Mais pourquoi ?...
Nietzsche ne le dit pas. 11 invoque la volonté comme un miséreux rêve à des trésors fabuleux, — sans savoir ce qu'il en ferait. Nietzsche nous exalte pour que nous nous étonnions. Ce n'est qu'un esthète de la force. A son école, il manque l'âme.
L'héroïne de Nietzschéenne, Jocelyne Monestier, n'a qu'une énergie cérébrale toujours appliquée à se