‹ La crise socialeChapitre 16 sur 184 · CHAPITRE II — LE SOCIALISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE II — LE SOCIALISME

capitaliste? C'est d'organiser, par les pouvoirs de coercition dont elle dispose, un lien de dépendance tel entre les hommes qu'il les divise, selon une hiérarchie très autoritaire, en maîtres et serviteurs, patrons et ouvriers, gouvernants et gouvernés. C'est ensuite de réduire toutes les valeurs humaines en des valeurs marchandes, et d'exaspérer, en même temps que l'esprit de domination, l'esprit de lucre et de convoitise. Eh bien, il est évident que si ce double caractère se retrouve au sein des institutions ouvrières, celles-ci n'ont aucune valeur de transformation sociale et ne sont qu'une plate copie des procédés de la vie bourgeoise. Et là est toute l'originalité du syndicalisme, dans cette création d'institutions prolétariennes, qui réalisent le type contraire du type capitaliste, c'est-à-dire un type où Tesprit autoritaire et l'esprit mercantile font place à l'exercice pratique de liberté et à l'idéalisme révolutionnaire ».

On distingue aussitôt le point solide de toute la fumée qui l'enveloppe.

Le nouveau socialisme reconnaît la nécessité d'une éducation du prolétariat pour et par l'action organique. Il n'importe, après cela, qu'il prétende opposer, en tout, les institutions prolétariennes aux institutions bourgeoises. Il suffit que ce soient des institutions sociales — et le syndicat, entre autres, doit devenir une institution sociale — pour que ces mots n'aient aucun sens. Les institutions ne vivent que lorsqu'elles dissipent la fumée pour saisir la réalité solide. De même, il n'importe que le syndi-

calisme prétende fonder Tidéalisme sur le matéria lisme économique. L'essentiel est qu'il libère le prc létariat de Tignoble socialisme du ventre.

Le possible seul arrive. S'il n'était dangereux pa» ailleurs, on n'arrêterait point le toqué qui menac d'assassiner la lune. Les idéologues qui se propo sent de rompre complètement avec le passé, de fair et de penser le contraire, systématiquement, de c qu'on a fait et pensé jusqu'ici, cela n'a pas plu d'importance.

Ou ils se perdront dans ces formules vides, oi s'ils agissent vraiment, par l'éducation et l'organisa tion, ils devront tenir compte des conditions de tout action sociale : la continuité, la tradition, la clarté l'ordre. j

Sans continuité, il n'y a plus de tradition ; en perl dant le sens du passé, tout devient obscur; san clarté, il n'y a pas d'ordre, et sans ordre, il n'y . plus de société.

Rien ne se peut établir qui vaille et qui dure san< continuité. Ce qui recommence est fatalement infé rieur à ce qui se continue, et conséquemment n«j saurait se maintenir. Nous sommes des êtres histo riques, nous sommes des descendants et des héri tiers. M. G. Sorel, quoi qu'il dise, pense en Françai du vingtième siècle. Quand, en accumulant le ténèbres, il ne se retrouve plus lui-même, ni ne s'en tend, ce n'est pas qu'il s'affranchit des morts, comm< il l'imagine, c'est qu'il ne pense pas plus qu'un tro glodyte. « Bientôt, nous dit Auguste Comte, les vrai partisans du progrès social reconnaîtront que Tin

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